Comme le dit simplement et justement le site de Paperheart, on a droit ici à une ‘Excellent compilation of indie pop songs. Sometimes punchy and intense, sometimes rather calm and acoustic, this cd should delight all people who like indie music. This project has been possible thanks to bands from all over the world: from Belgium to Canada, from Scotland to Sweden, from France to the USA…’. On ne saurait mieux dire.
On se contentera d’expliquer que Paperheart est un label avec un pied à Nivelles (en Belgique) et un autre à Hamilton (au Canada). A l’origine une passion commune pour Eric’s Trip et descendance, reliant François Milet et Krissy Tower, qui se transforma peu à peu en relation et projet de label au nom parfait et évocateur : Paperheart.
Label lo-fi, de par sa pauvreté de moyens, mais pas de cœur, Paperheart s’est limité jusqu’ici d’abord au format cassette avec ‘The Eric's Trip show cassette (Fév. 2000 - Paper Heart #001)’, une compilation de reprises des mythiques Eric’s Trip, puis est passé à l’éternel CDR avec des sorties de groupes intimement reliés au label comme Nude, Alisse ou Pillow et une autre compilation dont on reparlera. Ces dernier temps Paperheart s’est un peu plus ouvert, accueillant le second album solo de Gregory Limpens sous le nom de A Photograph, en prévoyant la réédition d’albums CDR de Benjamin Franklin (Kraak) et Sexytiger (pré-Belmondo), et surtout en préparant sa vraie première sortie CD, une compilation de reprises de la belle Julie Doiron avec quelques noms illustres du bateau.
‘Hi-fi songs for lo-fi hearts’ car si le format est CDR, le contenu est loin d’être volontairement lo-fi et ne s’y complait certainement pas, l’énorme majorité des groupes ici présents montrant une réelle capacité et volonté d’être hi-fi et ambitieux à travers leur indie-pop. 80 minutes, 23 chansons et pas une à rejeter, enfin si, une, mais ils l’ont bien cherchée : les imbuvables Purple Knight qui terminent bruyamment le disque avec une sorte de mix atroce entre Sebadoh et Deep Purple, mais ce n’est qu’un détail en somme.
On sent à travers cet album une cohérence d’ensemble et une vision musicale à la quelle on ne peut qu’adhérer. Il y a une façon positive et vivifiante de considérer l’indie pop rock, un souci du détail et de la mélodie pop qui font de ce disque au total une grande compilation. Il distille bien-être et joie, un certain sens de l’authenticité et de l’artisanat également. Aucun groupe présent ici ne fait second couteau, tous mériteraient qu’on s’y intéresse plus.
Le travail de défrichage, d’amitiés et de sélections qui se cache derrière cette compilation est énorme. Meilleure compilation de l’année ? Plus que certainement. A un tel point que du système de croix que j’utilise pour mettre en évidence les morceaux les plus intéressants d’une compilation je dois passer à celui d’une simple ou double croix !
+ Les Suédois de My Orchard ouvrent le bal avec un ‘Something New’ à mi-chemin de Weezer et des Last Days of April. Grands instants de distorsion mélodique. Impeccable, direct et jouissif. Hit. + Sur ‘I am the riverside’, les Belges de Flexa Lyndo font preuve d’une concision, d’une intelligence et d’un minimalisme pop qui étaient devenu un peu rares sur leur second album. On s’en réjouit. Chanson pop pour dodeliner de la tête sans soucis. Jolie madeleine à la Pavement / Pixies dont on voudrait un camion plein.
+ Le ‘Au risque de te plaire’ des Belges de Melon Galia donne envie de se replonger dans leur album, musique superbe, un peu néo-folk à la Lullaby For The Working Class, un peu post-rock à la Movietone, mais on aimerait bien les voir se lâcher un peu aussi et appuyer ces mélodies vocales parfois un peu trop légères et volatiles, à la présence un peu trop tenue. + Vient alors le ‘A letter to Jean-Michel Jarre’ du belge Belmondo, en fait le morceau que j’apprécie le moins de son album CDR mais les avis divergent sur ce point.
+ + Première merveille, le ‘baby, baby, please’ de Wio, pris sur son angle le plus chaleureux et mélodique, celui le moins mis en évidence sur son premier album CD mais qui brille de mille feux en général sur les formats courts, dans ses concerts solos et participations à des compilations. Merveilleuse mélodie aussi touchante qu’accrocheuse, intime qu’addictive, avec sa guitare acoustique, sa rythmique électronique et son chant frais et aérien. Waouw !
+ Alisse est un des groupes de François Milet et ‘One Night Girl’ est étonnamment mélodique pour un groupe décrit souvent comme d’influence 80’s new wave, le clavier leur donne un petit côté The Anniversary.
+ + Seconde merveille de la compilation, le let us all act psychotic’ de Softeye qui est en fait le projet parallèle plus ou moins solo de Johan Sigerud, par ailleurs leader de My Orchard. Ca me fait un peu penser à du Hayden, la façon dont les percussions interagissent avec la slide guitar et la façon dont la voix se pose en couchers de soleil. Grandiose et terriblement émouvant. We want more !!!
+ + On ne nous laisse que peu de répit, Evie frappe aussi fort émotionnellement avec ‘Happy Somewhere’. On pense à Julie Doiron, époque ‘Loneliest in the morning’ ou plutôt aux morceaux les plus acoustiques et nocturnes du ‘Love Tara’ d’Eric’s Trip. Sacrée pépite, c’est juré, on lancera l’enquête sur Evie.
Shutterbug est le projet solo de Krissy Towers, initiatrice de Paperheart. ‘Go fish’ est plutôt intéressant mais souffre d’un son très lo-fi et d’un nuage de souffle sous lequel s’enterre une mélodie un peu âpre. Le ‘Quaterback’ de Lousy a un petit côté Lemonheads / Posies mais le son est un peu sourd et l’ensemble manque d’un grain de chaleur pour atteindre ses idoles, mais on n’est pas loin et l’inconditionnel du genre n’y verra que du feu.
+ Pillow est l’autre groupe maison de François Milet, cette fois ci dans la tranche Smudge, Lemonheads, Dinosaur Jr, Eric’s Trip. C’est vraiment très bien, leur ‘everyday I lose my hair’ nous trottine en tête. + Le ‘Skinny sidewalks’ des Canadiens de The Paperbacks nous ramènent à l’indie-pop des années nonante tel que défendu par des labels comme Teenbeat, Slumberland ou SpinArt, on y plonge les yeux fermés.
+ + On jurerait le ‘snowman’ de Yessa De Paso échappé d’un des deux premiers albums de Aden ou de chez Galaxie 500. Superbe ! Qui sont ces gens ? Des Ecossais, à la discographie malheureusement inexistante.
Le morceau des Ecossais slacker de Nikita, ‘honest and earnest’ charme également, mais face à la concurrence présente ici, manque peut-être d’un peu de clarté mélodique pour nettement ressortir. + Le ‘Between here and sleep’ de Whycore est plutôt bien, mais c’est le morceau classique qui empêche de se faire une idée cohérente sur le groupe. Entre bien et exceptionnel, sorte de version masculine de Julie Doiron.
+ Plutôt pas mal et honorable le morceau des Français de Calc, ‘Cracks in the wall’, classique dans leur songwriting avec le xylophone de coutume et de jolis passages de batterie bien doux. + ‘So much more’, un des meilleurs morceaux de l’album de Brad Senne qu’on avait déjà croisé dans ces pages. Punk rock indie song ultra classique pour Deadenstereo avec ‘Their Idol’. Pas mieux pour The CockerSpaniels avec ‘my blessing’ dans un rayon un peu plus pop mais qui manque de ressort.
+ A l’écoute du ‘Evil Exist’, racé, équilibré et entraînant, on se demande quand donc les Belges de Autopilot vont se décider à sortir leur premier album, encore et toujours annoncé puis repoussé sur Studio Muscle. Bien plus confus et lo-fi par contre le ‘Théorie De Distance’ des Thee Moths, mais intrigant quand même.
+ + On ne peut que s’incliner face au ‘Bathtile Green’ de Carissa’s Wierd, extrait de leur premier album réédité sous peu et dont on a déjà parlé en long en large et en diagonale ici même. Et puis il y a Purple Knight, le seul morceau indigne de la compilation.
Magnifique compilation au total, ‘hi-fi songs for lo-fi hearts’ réussit ce que peu ont réussi jusqu’ici, c’est à dire prouver par A + B, la justesse, la cohérence et l’existence d’une scène et d’une vision musicale. Adhérez et écoutez attentivement!
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