Troisième album pour The Montgolfier Brothers. Basé à Manchester, ce duo est formé par Mark Tranmer (derrière l’essentiel des musiques) et Roger Quigley (paroles et chant principalement).
Spleen et nostalgie au comptoir, élaboré le long de trois années, Mark fournissant les ébauches instrumentales des morceaux à Roger pour que celui-ci y pose paroles et chant, ‘All my bad thoughts’ est le récit de divagation et de réflexions sur le sujet de l’emprise du temps sur une ville, Manchester, sur l’inéluctabilité des changements et les résistances qu’ils suscitent.
On garde cette impression d’être quelque part entre July Skies, Saso et Felt, à la différence que le tempo est plus introverti et songeur encore, que le duo habite un intérieur neutre, mais confortable, privilégie avant tout la retenue, une mélancolie pure et vaporeuse et doit aimer la délicatesse et le calme nostalgique des premiers Rachels, de Michael Nyman, Michel Legrand ou Durutti Column. Comme le remarquait un chroniqueur anglais, il s’agit ici de la meilleure bande-son imaginable pour les dimanches matin et l’on complètera, de fin d’automne, quand toutes les feuilles sont part terre, telles de simples regrets et que la silhouette des arbres apparaît comme des nervures sur fond de ciel grisâtre et ouaté.
L’album s’ouvre sur un très beau et très accueillant “the first rumours of spring”, à la mélancolie songeuse. On s’imagine marcher à la campagne, un petit matin de janvier au milieu des brumes, entre rosée et givre, pour découvrir au milieu des herbes, les premières feuilles et pointes de hampe florale de crocus ou perce-neiges.
Une vignette comme un mot que l’on laisse derrière soi avec “dont get upset if i...” qui s’excuse de partir au petit matin sans avoir réveillé l’autre et dit au revoir. Le morceau s’écoule délicatement sans à-coups, ne risquant pas de causer un réveil.
Avec la plage titulaire, “all my bad thoughts”, le duo renoue avec un format plus classique, Roger chante avec netteté et clarté, déployant ampleur et expressivité, un certain lyrisme pour une très jolie complainte mélancolique soutenue par un piano poignant, l’un des titres phares du disque, qui me rappelle Saso. Avec le rêveur “sins and omissions” on se retrouve dans le corps d’une mouette qui plane au-dessus de Manchester qu’on voit avec recul et distance tandis qu’à l’horizon le soleil se couche.
Un court instrumental illuminé d’un soleil d’hiver, “stopping for breath”, et l’on en arrive à “koffee pot” le second grand moment du disque, qui avait déjà été présenté dans deux versions différentes sur le ep ‘Journey’s end’. La version présente ici est plus classique du son des Montgolfier Brothers. La morceau reste sublime, mais on est en droit de lui préférer le 'Koffee Pot Blues' du ep d’une longueur double et plus dépaysante et troublante.
On poursuit avec le glacé et fantomatique “brechts lost waltz”. “Quite an adventure” est un spoken word interprété par un ami du duo racontant une vielle histoire ayant pour décor le Manchester des années 50. On retrouve “Journeys end”, le troisième grand moment de l’album dans la même version que sur le ep. Le disque se clôt sur un “its over, its ended, its finished, its done” toujours noyé de spleen mais plus tranquille et vaporeux.
Bon album pour les Montgolfier Brothers, on se contentera de râler du fait que deux des trois meilleurs titres étaient déjà inclus sur le ep précédant mais comme le reste du disque affiche un niveau de qualité constant et maintient tout notre intérêt, la séduction mélancolique joue à plein régime.
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