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sans arc - ghostlike
sans arc
ghostlike
gaia project
2003
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raw translation
http://www.thegaiaproject.com/
http://www.sansarc.com/
: recommandé par dérives
Difficile de ne pas évoquer Chuzzlewit à l’écoute de ce ‘Ghostlike’ qui est comme une version plus éthérée, planante et immatérielle encore des œuvres de Greg Prickman. Et de compléter par des impressions fugitives et fantomatiques de Slowdive, Hood, Sigur Ros, Cocteau Twins, Low, Windy and Carl, Flying Saucer Attack ou Appleseed Cast, dans ce que chacune de ces formations a de plus aérien et ambiant.

Cela dit, composé d’une matière presque purifiée, ‘Ghostlike’ prend du temps pour se révéler, libérer une subtilité qui ne se révèle que peu à peu. Il s’agit de la compilation des deux premiers ep enregistrés par Craig Christo, musicien américain basé dans le New Jersey, durant l’année 2003, dix plages planantes, éthérées, mélancoliques, intimistes et particulièrement touchantes.

Craig chante d’une voix adolescente et hésitante, souvent masquée par la musique mais suffisamment émotionnelle et intimiste pour charmer durablement. Polyinstrumentiste, sa musique se base essentiellement sur des textures shoegazer, nappes de guitares, réverbération, basses ronronnantes et parfois même slowcore, acoustique bucolique, une batterie économe, quelques arrangements rythmiques électroniques et de claviers aériens, le tout recouvrant des mélodies ralenties quoique toujours relativement dynamiques et évolutives. Pas vraiment de surplace ici, si le ton est régulièrement contemplatif ici, les paysages ne cessent de défiler, les textures oniriques de se modifier.

Ecouter ‘Ghostlike’ c’est comme marcher dans une vaste pleine enneigée sous un ciel azuré, baigné de lumière, comme dans un état de béatitude euphorique, juste réveillé par le froid piquant, tandis que notre âme émerveillée se laisse envahir de sentiments mélancoliques. Sans Arc ne s’impose pas, il faut lui prêter attention pour que l’alchimie se crée, l’idéal étant une immersion au casque dans une ambiance tamisée.

L’album s’ouvre sur le fabuleux et très aérien “Ghostlike” à mi-chemin entre le Slowdive de ‘Souvlaki’ et Chuzzlewit. On perd pied, on décolle, comme porté par un planeur, bouche bée face au paysage, transi de mélancolie glacée, pour rien au monde on ne retournerait vers le sol, tant l’apesanteur qui nous étreint est gracieuse.

Sur l’intrumental “Tio” une guitare folk égrène des accords bucoliques évoquant des arbres nus, une campagne hivernale et silencieuse tandis que nappes et arrangements électroniques évoquent le ciel pâle et terne et les brumes givrantes qui glissent comme des ombres.

Arrivée de la nuit et distorsions réverbérées de guitare sur un “Divided by Darkness” au chant particulièrement touchant et au tempo contemplatif. On glisse ensuite dans le cinématique et émouvant “Over and Over” proche du Chuzzlewit des débuts en plus éthéré encore, la froideur des nappes, la chaleur de la guitare acoustique et le chant vaporeux réunis nous transportant.

Sur “The Landing” on a l’impression d’écouter deux morceaux en même temps, d’un côté une ballade lo-fi émouvante chuchotée à la guitare folk pas tellement éloignée des pépites mélancoliques d’un Kevin Huelbig Jr et de l’autre un instrumental ambiant tout en notes basses, grésillements et drones, après trois minutes de cohabitation réussie, les deux flux sonores fusionnent, rejoints par une batterie et une guitare distordue en l’une de ces révélations transcendantes qui faisaient le piment du double album ‘Low level owl’ de Appleseed Cat.

La seconde moitié du disque est constituée de morceaux plus anciens - de six mois seulement – qui figuraient sur le ep ‘A remote view’, la plage titulaire offre un chant quelque peu plus en avant, moins perdu dans le flou mais toujours très éthéré et chuchotant, la guitare glisse en roulements radieux, de même qu’une batterie dynamique lancée dans une course éperdue comme un cerf-volant happé par le vent.

La basse de “Gamma Rays” semble s’être échappée de l’album ‘I could live in hope’ de Low, mais Craig déjoue la référence avec quelques arrangements électroniques et des vocaux dreampop introvertis et aériens, jusqu’à ce que la batterie intime le décollage shoegazer et que la mélodie se révèle dans sa magnificence.

Il y a une telle dynamique ralentie et une telle tension lancinante imposée dans les premières minutes qu’on jurerait “Ocean Grey” joué par un groupe dont le mot d’ordre aurait été de croiser Codeine et Slowdive, mais Craig Christo est seul et bien seul à la barre et on ne lui en voudra pas trop de ne pas avoir évité l’échouement du navire sur la plage, mordre le sable comme l’on goûte un fruit trop amer, gonflé d’une rage froide et intérieure sous laquelle on sens un danger imminent qui nous guette, inévitable comme ici si l’on n’y prend pas garde.

Sur “Lowest Form” Sans Arc s’essaie avec curiosité, comme Chuzzlewit l’avait fait l’une ou l’autre fois sur ses premiers cdr, à une noisy pop typique à grand coups d’accents shoegazer réminiscents de Chapterhouse, intercalant ici toutefois des passages instrumentaux contemplatifs. Le disque se termine sur l’instrumental “Space Theme” qui souffre d’une certaine linéarité et sombre dans le cliché du mur de guitares.

En bref, la première moitié plus récente de ce disque est nettement plus intéressante que le dernier quart où l’on sent encore Sans Arc hésitant face à ses potentialités et se perdant en route. Néanmoins, au total ce disque contient bien plus de réussites époustouflantes que d’échecs tacites et il n’y a aucun doute sur la certitude de voir éclore un talent important et probablement incontournable de la scène shoegazer actuelle.
Didier Goudeseune 09 Jan 06
 
 

 
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