Une nouvelle petite merveille en provenance du label anglais Pickled Egg, qui, comme le ‘Week of kindness’ de George ou le ‘Yellowbellied Wonderland’ de Oddfellows Casino, risque de n’être remarquée et adoptée que par trop peu de gens.
Mais ce relatif anonymat ne semble pas gêner Fariña plus que ça puisque Mark Brend, Matt, une moitié du quatuor ont commencé leurs aventures depuis 1981, au sein des formations Mabel Joy et Palace of Light dont je n’ai jamais entendu parler. C’est même via ce second album ‘Allotments’ que je découvre Fariña, dont l’acte de naissance indique officiellement septembre 1995, c'est-à-dire plus d’une décade.
Fariña est donc en quelque sorte l’anti nouveau groupe anglais, flotte à plusieurs années lumières de tout hype, comme retiré de la grande circulation, adepte des voies de circulations alternatives, sinueuses, provinciales et campagnardes, caillouteuses et dont les herbes folles tentent d’en reprendre la possession.
Fariña est comme un lointain cousin de Mercury Rev, Jim O’Rourke et des Go-Betweens dont on aurait perdu la trace et qui se serait consacré à perpétuer avec désintéressement un certain état d’esprit hors du temps à la manière de Shack, des Moles, de Cardinal, d’Arco ou des Montgolfier Brothers, un peu comme ces gens qui savent où sont le vrai goût et l’authenticité et sauvegardent moult variétés de courges et tomates dans leurs jardins abrités et reculés.
Fariña est un quatuor de multi instrumentistes passionnés qui en outre contribuent tous aux vocaux et harmonies vocales, offrant des textures musicales riches de guitares acoustiques et électriques, de basse, mélodica, autoharp, synthés, claviers, samples, accordéon, percussions, trompette et cor, qui poussent l’autarcie jusqu’à quasi tout enregistrer dans leur propre home studio, se limitant à la batterie, au mixage et à la post-production pour investir un vrai studio.
Ce second album a été enregistré entre septembre 2002 et décembre 2004, pour être édité en ce début 2006, la précipitation étant définitivement étrangère à leur univers. Tout ici est très soigné, subtil et authentique. Fariña a beau explorer une musique plutôt nostalgique et retro, ils n’oublient pourtant pas leur lot d’idées et une inventivité réelle, autant je peux avoir du mal avec un groupe comme les Lucksmiths, autant ici il est aisé de se laisser enivrer par leurs ambiances tant elles restent d’une originalité et d’une personnalité profonde et sincère.
Les quatre de Fariña nous invitent dans leur jardin secret, richement mélodique, un peu désordonné mais éclatant de vie, où plantes cultivées et plantes sauvages luttent pour le même espace. Et il y a comme une atmosphère de fin d’été ou de début de printemps dans ce disque, d’un côté les pluies froides qui commencent leur travail de sape et de l’autre une nature complètement diminuée qui reprend peu à peu du poil de la bête.
‘Allotments’ n’est pas un disque victorieux, pas une œuvre qui s’impose, mais plutôt un disque à amadouer et investir affectivement. Un paradis pop qui ne s’éclaire que si on a les yeux et les oreilles pour le décoder.
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