Aviator Lane est le projet d’un certain Michael Radzevicius, résidant à Adelaide, en Australie. Originairement un trio fondé en 2002, Aviator Lane devient solo après que les deux autres membres ont choisi de s’expatrier. Depuis ce temps, Michael a préféré se produire avec l’aide de musiciens bénévoles plus invités que devenant partie intégrante de Aviator Lane. Parmi ceux-ci on retrouve surtout Marty Brown, batteur de Art of Fighting mais qui s’est aussi activé chez Sodastream, qui joue également le rôle d’ingénieur du son.
D’un point de vue stylistique et des ambiances, Aviator Lane s’inscrit à la perfection dans la tradition esthétique de cette scène dreampop / slowcore que l’on s’emploie à vous présenter ici. Aviator Lane est bel et bien un groupe de la même mouvance que Sunny Disposition, Sea Life Park, This is Your Captain Speaking, Purplene ou Light’s Surprising Constancy. Un joyau de plus à célébrer né au cœur d’une scène aussi enthousiasmante que peu célébrée en dehors de ses frontières. Aviator Lane est donc contemplatif, chaleureux, émouvant, doux, mélancolique et lumineux.
‘Today, the hills are closed’ compte cinq titres et prend un peu moins de trente cinq minutes. Pourtant on trouve ici la densité et la plénitude d’un album. Les tempos sont particulièrement lents, sereins, mélancoliques et épanouis. C’est un disque qui demande un certain investissement avant de se révéler pleinement, il y a quelque chose de Hotel Alexis ou de Hayden mais porté dans un environnement plus planant, atmosphérique, pas loin de Quinimine ou d’un American Football qui se serait converti à un slowcore minimaliste aux accents chaleureux. Tout se joue sur des nuances infimes, Michael semble chuchoter souvent plus qu’il ne chante, tellement sa présence est rassurante.
Additionné d’un beat, “lengthways we'll run” qui ouvre l’album en est le titre le plus rapide même si on n’est guère plus véloce que les premiers Low. Il y a une certaine tension dans l’air, comme lors d’un orage sec, où tonnerre et éclairs déchirent un ciel qui ne soulève que poussière au sol. Surtout il y a ce chant mélancolique et protecteur auquel on s’abandonne plus que volontiers, par lequel on se laisse bercer, qui nous entraîne sur des lignes dynamiques fragiles et émouvantes, avant de s’élever peu à peu au fur et à mesure que le morceau avance, que les émotions effleurent la peau et laissent des frissons. Déjà exceptionnel ce premier morceau n’est qu’un ambassadeur face aux merveilles intérieures qui suivent.
Sur une intro dodelinante et chancelante, ‘Line end’ imprime d’emblée un niveau de recueillement hors du commun, évoque des paysages vastes comme observés du sommet d’une colline rocheuse tandis que le jour décline sur un paysage de fin d’été, des oiseaux dans le ciel, des vaches qui paissent au loin, un calme serein, la sensation que tout est à sa place même si la mélancolie se fait assaillante. C’est alors qu’elle fait partie intégrante de nous-mêmes, un refuge, un filtre pour saisir les beautés époustouflantes qui nous entourent, un point de vue en embuscade, qui peut comme ici se révéler source palpitante d’une ferveur qui peu à peu nous humecte. Le minimalisme slowcore à son apogée, modeste mais renversant, troublé et tremblant.
Plus intérieure encore, la plage titulaire, “today, the hills are closed”, nous la joue contemplation brumeuse de l’aube, réverbération, flou, léthargie nocturne non encore dissipée et lumières pâles émergeantes. Dort-on encore, est-on réellement réveillé, on flotte en tout cas dans un état second proche de la plénitude sereine, dans l’attente du retour de l’astre rayonnant, célébrée comme il se doit par une apothéose musicale où l’euphorie accompagnée d’une course oxygénante vers la lumière est le vecteur.
Euphorie qui s’accentue encore sur “A sudden farewell”, une ballade sublime et désarmante à la American Football / Art of Fighting et réelle apogée de ce premier album, on observe la lumière qui peu à peu se contamine à tout le paysage, réveille oiseaux, humains, animaux et provoque l’éclosion de fleurs.
Le disque se termine sur sa plage la plus sombre et désespérée où la voix de Michael semble à la limite de défaillir sous les coups d’une mélancolie qui semble l’assaillir, “Heavy horse memorial”, slowcore émouvant et contemplatif où le regard fuit vers l’horizon à la quête d’un espoir vacillant. Tandis que le morceau se déplie, le chant devient plus lumineux, féminin presque, au fur et à mesure que le flot de larmes se libère et qu’un sourire vient éclairer son visage.
Fantastique début pour Aviator Lane. La suite est annoncée pour très bientôt. Reste à compter les jours. Le slowcore connaît un nouveau songwriter d’exception. L’Australie est bel et bien aux 00’s ce que la Californie était dans les 90’s pour ce style musical qui est aussi mon préféré. De loin.
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