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spokane - the proud graduates
spokane
the proud graduates
jagjaguwar
2001
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http://www.jagjaguwar.com/
: recommandé par dérives
Second album pour Spokane, originaire de Richmond, Virginia, après « Leisure & other songs » en 2000 sur Jagjaguwar et le ep « close quarters » en 2001 sur Acuarela, déjà chroniqué dans ces pages

Spokane est le projet de Rick Alverson, succédant aux quatre albums et à la séparation de son groupe principal, Drunk. Songwriter des deux formations, Spokane est cependant l’épanchement d’explorations plus intimes, esthétiques et personnelles.

Sur ce disque, Spokane se présente sous la forme d’un trio, Rick Alverson assurant le chant, les guitares, basse, drums et vibes, Courtney Bowles, chant, drums, vibes et glockenspiel et Karl Runge, violon et violoncelle.

« The Proud Graduates » est accompagné d’une pochette représentant des cerisier en fleur et l’on se dit que c’est bien à cette époque de l’année que correspond la musique de Spokane. Les mauvais jours se terminent et les beaux jours arrivent petit à petit. Une période de changements où la nature se réveille peu à peu même si le temps reste indécis et pluvieux. La photo se présente sous forme de sépia rose gris, à l’image des ambiances ici bas, Spokane se complait dans une tristesse léthargique où se glisse l’espoir, sous forme d’arrangements d’une musique, dont la finalité esthétique est d’être belle et douce.

Huit compositions entre lumière et obscurité - dont un instrumental -, aux lyrics relativement succincts, constituent les quarante minutes de ce « Proud Graduates » qui diffuse de long en large une certaine majesté. Difficile de lancer des comparaisons sur ce disque qui semble baigner dans son univers propre. Tout au plus, pourra-t-on citer comme usuellement les noms d’Ida, Low, Leonard Cohen, Galaxie 500 ou Appendix Out en repères inévidents.

Un « Proud Graduates » de toute beauté ouvre le disque. « On the porch, it’s five p.m., are you considering going out ? », Rick Alverson pose la question. Mais quelques notes de guitare et un chant envoûtant, diaphane comme la rosée, répondant à notre place, on reste. On se met à rêvasser doucement, sous la lumière tamisée et légère, telle le jeu de batterie. Spokane s’y construit dans un flou isolant qui nous détache peu à peu du monde environnant. Tout se ralentit, on regarde le jeu des ombres dans la pièce et un décalage s’installe. « And your room, just isn’t the same » chante alors Rick Alverson. Tant mieux, on n’en demandait même pas tant.

Le tempo s’accélère pour « The Absentee », ce qui rend la tristesse encore plus palpable, comme le cours d’un ruisseau qui serpente au fond d’une vallée. L’écho de ces journées qui se terminent déjà sans qu’on s’en rende compte, sans qu’on puisse dire de quoi de concret elles ont été faites : « I stayed up late, sitting by the tv, the happy faces, spoiled my evening ». Et d’une rage non formulée, non dite, on les rallonge d’une heure ou deux, isolé, seul sous la lumière faible – « but leave the light on low »-, jusqu’à ce que l’on cède à l’appel du sommeil. Spokane est le compagnon idéal de ces moments souvent consacrés à la lecture.

On baigne alors dans la nostalgie de « American Television » dont les paroles prennent le contre-pied du morceau précédent. Violon et violoncelle accomplissent ici des miracles, dessinant les ombres au plafond tandis que le téléviseur semble être la seule source de lumière de la pièce. Nostalgie d’un temps où le temps justement n’est pas compté et peut s’écouler doucement - « I’ve the evening, all to myself » - comme d’un sablier dont on ne craint l’évidement et où l’affection est quelque chose de sûr et naturel, « my dear wife, there in the kitchen, I can almost hear her stir ».

Léger intermède avec l’instrumental « Other Rooms » sur fond de bruits d’enfants jouant. Plaisant, poétique et idyllique.

Place au très beau, fervent et ironique « Settling » qui parle de rester chez soi du mois de mai à l’été inclus. On a vite l’illusion du mois de mai, les chœurs de Courtney Bowles y sont à faire défaillir. Tout ressemble ici à une ballade sous les arbres, les yeux vers les branchages qui laissent entrevoir à travers le feuillage, le ciel. Il pleut peut-être, mais ça n’a pas d’importance quand la ferveur est là.

Il pleut vraiment tandis qu’on écoute « Ill from asking », mais, comme chuchote Rick Alverson « a cup and a chair, the still air in the kitchen… » on est à l’abri. Il y a quelque chose de Ian Masters (Pale Saints, Spoonfed Hybrid, ESP Summer) dans la guitare électrique principale de ce morceau qui baisse la température de quelques degrés. Givre que s’emploient à réchauffer les cordes pour tenter d’évacuer sans succès un malaise évoqué : « who’s to say we’re answering the evening by busying ourselves ? I’m ill from asking ». On touche ici de manière impressionniste le slowcore de Low ou des Red House Painters.

Sur « Disappointed Athlete », le bruit de voitures roulant sur une chaussée mouillée se marie à un violon en toile de fond sur lesquels viennent se poser les chants croisés de Rick et Courtney. Poésie des jours finissants et pluvieux d’été. Une eau qui abreuve autant qu’elle mouille et qui a l’apparence de larmes sur le visage.

L’album se termine avec « the workweek », sa plage la plus normalement slowcore et nocturne. Sans doute du coup peut-être la moins originale de l’album car prévisible.

Très bon second album pour Spokane : un disque calme, léthargique et patient, irradiant de beauté. Un univers qu’on osera conseiller aux fans nombreux de Sparklehorse, Wil Oldham ou Lambchop, prêts à découvrir de nouveaux espaces entre nuit et jour.
didier goudeseune 08 Mar 06
 
 

 
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