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nadig, quintin - slip songs
nadig, quintin
slip songs
grey hat
2005
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raw translation
http://www.quintinsartwork.blogspot.com/
http://www.myspace.com/quintinnadig
http://greyhatrecords.com/
: recommandé par dérives
On avait croisé Quintin Nadig une première fois en 2003, à l’occasion de la sortie de son premier album ‘Anchor Details’, belle œuvre de songwriting slowcore mélancolique à rapprocher de certains disques de Hayden, Barzin, Kepler, P:ano ou Bedhead, bref une traversée en terre conquise synonyme d’émotions fortes et intérieures.

A vrai dire je m’attendais à grosso modo la même chose, prêt à ressortir l’arsenal émotionnel associé. Puis non, l’angle d’attaque a changé, si la trame mélancolique reste la même, on semble avoir quitté la côte, s’être éloigné d’une météo humide pour des espaces plus à l’intérieur des terres et soumis à des cieux plus cléments. Tout un processus d’ascèse, de dépouillement, une approche pointilliste menée dans une économie de moyens volontaire semble avoir primé, décuplant la subtilité de l’ensemble même si en amenuisant également l’accessibilité directe.

Si sur ‘Anchor Details’ l’un ou l’autre musicien ami circulait, ici, Quintin a privilégié une approche beaucoup plus solitaire et si Gileah Taylor (voix, piano) et Chris Taylor (guitare, accordéons, sons) interviennent c’est plus que jamais sur la pointe des pieds dans la plus grande convivialité et le respect de la sensibilité unique du maître de céans, complétant à merveille ses lignes de guitare, banjo, accordéon, autoharpe et piano et son chant, tous cultivés avec un sens du minimalisme remarquable.

‘Slip Songs’ est ainsi plus difficile à classifier, à approcher d’une famille, on se risquera toutefois à envisager des parallèles du côté de Spokane, Patrick Phelan ou Bevel, on verrait ainsi bien volontiers sortir cet album sur Jagjaguwar, quoique l’on n’est pas trop loin non plus de l’écurie d’en face, Secretly Canadian avec ses Simon Joyner, Havergal ou Early Day Miners.

Quintin Nadig se révèle donc même plus pointu qu’avant, presque à la manière d’un For Carnation ou d’un Gastr Del Sol converti à l’intimisme, privilégiant les plages courtes – treize pour trente minutes à peine - , jouant sur les non-dits, les creux, les frissons, une extase presque abstraite tant qu’on n’a pas deviné comment la décoder, des hésitations fragiles mais pleines de sens et une grâce inouïe cachée.

“Slip Streams” ouvre le disque sur des notes de guitares fluides et lumineuses comme une rivière sous le soleil de juillet, on remonte sous les frondaisons et le chant à nu et poignant de Quintin se retrouve entre guitare acoustique et accordéon, follement touchant et en dehors de toute structure conventionnelle. Un peu comme un petit message d’amour griffonné sur une serviette sous la passion d’un instant, une vague d’émotion qui chavire et inspire le cœur.

En une minute à peine, il conclut ensuite “The Drifter (The Fugitive Kind)”, orgue et chant, là où n’importe qui de sensé aurait développé l’idée quatre minutes durant, ce qui montre à quel point il reste fidèle à la pureté de son inspiration, à quel point également il peut la sublimer en une économie de moyen extrême. Dans un sens cette plage est sans doute la plus symptomatique et représentative de la brillance de cet album et de ses extrêmes.

Avec l’introduction de Gileah Taylor, c’est tout un nouveau monde qui s’ouvre à Quintin Nadig, celui d’harmonies vocales masculin/féminin et leurs deux voix se marient à merveille sous couvert de banjo et de guitare acoustique finement pincée, “Moon Lake” est une jolie mélopée estivale suggérée encore une fois plus que développée mais l’on tombe totalement sous le charme tant Quintin sait choisir à chaque instant la note juste et en maximiser le potentiel émotionnel.

Même jeu de voix sur “I Swan (Suffer Me)” mais sur un angle plus douloureux et sombre porté par un piano désespéré dans des climats particulièrement émouvant et atmosphériques, la mer au loin où voguent des navires. Superbe et stupéfiant. Emotion à fleur de peau sur l’instrumental “The Lake/The Rivers/The View from the Orchard” pas sans rappeler les merveilleux American Football. Sur un “The Girl from the Orchard” nocturne et intérieur, Quintin Nadig se réinvente crooner intimiste et chuchotant.

Un instrumental flageolant et typiquement lo-fi fait de field recordings enregistré sur un dictaphone dont les piles doivent probablement lâcher, “Quietly Among the Shoe Boxes” qui dure moins d’une minute est pourtant un intermède atmosphérique bienvenu qui nous introduit dans une parenthèse plus atmosphérique, sensible et fragile du disque. On poursuit par un second instrumental comme du John Fahey vaporeux, “Ecstasy Blue, Springtime Dress” pour aboutir au somment incontestable de l’album.

Car “Wild River Country” est une chanson hors du commun qui tutoie le meilleur de Palace, des Secret Stars et de Owen. Impossible de ne pas défaillir sous ces quelques sons qui s’infiltrent à travers toutes nos défenses pour glisser après moins d’une minute un ‘take me with you when you go’ chuchoté mais qui nous saisit comme un uppercut. Tout le morceau semble conçu et élaboré pour porter cette phrase, cette révélation, comme ces minutes de trouble, d’hésitations, d’émotions intenses avant de dire un premier « je t’aime » les yeux dans les yeux. Classique intemporel.

Cela dit sur le fin du disque on va découvrir quelques instants plus expérimentaux et libre, comme l’instrumental bluesy et planant “The Hounds”, un peu à le Scenic, le souffle en moins. On glisse vers le sombre et réflexif “Everything Else Shuts Off”, comme capturé à l’instant même où l’on passe subtilement du jour à la nuit ou inversement, entre deux eaux, ni réveillé, ni endormi.

Nouvelles étincelles de vie, d’excitation et d’euphorie avec l’accordéon et la guitare acoustique pour le court instrumental “Kyrie Eleison Me (Curtains)”, quelque chose d’assez similaire au second album de Sonora Pine. Le disque se termine sur une chanson à peine cachée où Quintin nous dit au revoir accompagné de sa guitare et d’un piano aérien pour quelques dernières confessions mélancoliques sublimées.

Un album superbe et troublant qui se laisse découvrir peu à peu, qui ne s’impose jamais mais qui peut donner beaucoup en retour, Quintin Nadig fait plus que se confirmer comme l’un des songwriters essentiel de sa génération, on espère que son talent sera bientôt reconnu à l’égal de ses pairs cités plus haut, croisant les disques de Spokane, Havergal ou Phelan sur les étagères.
didier goudeseune 22 Mar 06
 
 

 
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