Ce 7” marque la première collaboration entre Hood et Matt Elliott, qui allait trouver son apogée en 1998 et 1999, avec respectivement les albums ‘Rustic Houses, Forlorn Valleys’ et ‘The Cycle Of Days And Seasons’, premier signe avant coureur de l’apogée esthétique contemplative de la formation.
C’est ici encore la première mouture du groupe, avec les frères Chris et Richard Adams, mais surtout Craig Tattersall et Andrew Johnson (partis plus tard former Famous Boyfriend, The Remote Viewer ou The Boats), puis aussi un John-Clyde Evans devenu trop rare depuis mais aussi l’incomparable Nicola Hodgkinson (Empress).
Commençons par évoquer la face B, ‘The Sea Against The Sand’, sorte de première mouture de ce qu’allait développer Hood dans les deux albums qui suivirent, une longue chanson, quasi-instrumentale, quelque part dans le sillage de Talk Talk, Codeine ou Bark Psychosis mais aussi peut-être surtout du Movietone des débuts, Matt Elliott n’étant pas convoqué pour rien. Assez brillantes, ces six minutes trente offrent surtout des clés qui seront exploitées avec un talent hors du commun par la suite, ce morceau restant honnêtement assez confus. Car là n’est pas l’intérêt de ce 7’’ qui se trouve bien entendu en face A.
Amen. Amen, parce que ‘Useless’ est une chanson du tonnerre, réussissant à conjuguer en un peu plus de quatre minutes toute l’intelligence des guitares et chœurs de My Bloody Valentine, tout le génie rythmique et vocal jamais développé par Disco Inferno, de même que cette folie sous-jacente propre au premier album de Movietone, tout en sublimant chacune de ces influences emblématiques.
C’est par excellence la chanson à écouter en boucle, du matin au soir, qui nous plonge dans un état second de délectation, qui décoiffe les cheveux, qui me projette dans le corps de mes 16-17 ans, presque incapable de rester en place, dépassé par une vivacité des émotions et l’éblouissement des lumières trop vives, tournant sur place tandis que la chanson sort à fond des hauts parleurs, jusqu’à perdre équilibre et s’affaler sur les fauteuil, passer d’une euphorie pure à une mélancolie profonde et ainsi de suite suivant les fluctuations de pensées, suivant l’élaboration de projets dans un monde dont le fonctionnement profond semble encore inatteignable et à décoder.
Puis il y cette voix aussi, ce chant aux inclinations adolescentes et pures, une naïveté et une spontanéité qui transcendent un contenu lui-même déjà touchant et troublant. ‘Useless’ est particulièrement une chanson avec laquelle on finit par faire chair, qu’on a dans la peau.
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