accueil . home
 
broken flight - on wings, under waves
broken flight
on wings, under waves
tien an min
2006
imprimer
envoyer à un ami
raw translation
http://www.tienanmin.com/
: recommandé par dérives
Sorti il y a trois ans, le premier ep des Australiens de Broken Flight, ‘Ray of light’ m’avait laissé une très belle impression celle d’un ep idéal dans l’esthétique que je tente de défendre via Sundays in Spring.

Trois ans plus tard, ce premier album fait plus que confirmer les espérances laissées par le ep, les atomise même et se révèle tout bonnement stupéfiant et hors du commun, du même niveau touchant à l’essentiel que Art of Fighting, The Apartments ou Owen.

Nathan Collins – dont on parlera bientôt de la discographie personnelle sous le nom de Adlerseri – est à la production.

Le duo formé par Chris Lynch (guitare / chant) et Pete Boyd (guitare) s’est élargit à Nicole Harvey (french horn) et Lance Van Maanen (violoncelle, piano, glockenspiel). De même deux voix féminines viennent compléter idéalement les harmonies vocales.

‘On wings, under waves’ est un disque superbement doux et envoûtant, à la mélancolie lumineuse envoûtante, où l’alchimie fonctionne de bout en bout, développant des ambiances minimales, pures et intenses.

Le très beau ‘In patterns’ entame le disque, on croise une jeune femme qui attend le métro, seule et mélancolique, dans une station calme et presque vide, regardant l’heure, allumant une cigarette, puis fermant les yeux, la tête penchée, s’échappant en rêve de ses contraintes temporelles. Va-t-elle au boulot, en revient-elle, que cherche-t-elle à fuir, quel est ce lieu vers lequel elle s’échappe lorsqu’elle ferme les yeux, qui retrouve-t-elle ? Quelques instants perdus, une rencontre sans mots, une grâce fugace, au milieu de l’anonymat des transports en communs, les fils de vie, l’entrecroisement de trajets, les allers et retours, un mouvement de balancier dont on peine à sortir. Les arrangements sont superbes, le chant fragile de Chris laisse presque tremblant au fur et à mesure que les nuances qu’il y met finissent par nous heurter.

Le désorientant ‘August’ prend le relais. Désorientant, car il s’agit d’une chanson hivernale, août en Australie équivaut au février de notre hémisphère nord. Les nuits froides, la chaleur où l’on se réfugie dans le sommeil , les feuilles mortes, la blancheur, la mélancolie, la dépression saisonnière, la nostalgie, les regrets, le manque, le repliement, l’amertume de journées un peu ternes, le décompte des jours avant le retour du printemps.

Très bel instrumental slowcore, mélancolique et planant, avec ‘In The Woods’, où Broken Flight s’inscrit superbement dans la mouvance australienne, quelque part entre Sea Life Park, This is Your Captain Speaking et Art of Fighting. Sept minutes terriblement émouvantes et fragiles, de quoi faire fondre quiconque a un jour adoré les Red House Painters des débuts, mais qui m’évoquent sans doute plus la mer qu’une forêt, ou alors une forêt immense, à perte de vue, dans le moutonnement de collines, une tristesse qui émane de nous et envahit tout le paysage, comme si chaque frémissement dans les frondaisons équivalait à un tressaillement du cœur. En juste cent secondes, Broken Flight livre alors ‘Blackbird’, à deux voix, doublé par un chant féminin délicieux, tous deux chuchotant, l’histoire d’oiseaux en plein ciel, qui finissent par chuter, pris par la fatigue, sans endroit pour se reposer, tandis que l’aube révèle ses premières lueurs.

‘By the sea’ est un rendez-vous sentimental fixé sur la plage à la nuit tombée. Une déclaration d’amour, des promesses: ‘We’d walk together, and no matter what weather comes in from the sea… and there’s times where I wonder what happens when we return? Down by the sea, alone as can be, we’ll stay here ‘til winter…’ On sent le vent frais, emmitouflé dans un pull sous les étoiles, blottis côte à côte pour se réchauffer, sur le sable tandis que les vagues vont et viennent, suspendus dans une contemplation colorée des sentiments qui nous assaillent tandis que le marée sape les dernières murailles d’un château de sable.

‘The Old Man and the city’ est comme boire une tisane amère en début de nuit, en espérer quelque répit, qu’elle expurge quelques mauvaises sensations, nous délivre d’un peu de notre malaise, éclaircisse l’esprit, dénude le cœur, accentue la sensation de fragilité, l’impression de sombrer, l’infinie mélancolie. Bien sûr un peu plus loin dans le cheminement des réflexions, ‘Sixteen to one’, on en arrive au carrefour, au choix de la direction alors même que les indications peuvent être floues, s’aventurer sur une voie, faire le deuil des autres ou simplement échapper à leurs impasses.

Puis la chanson dont on connaît le thème beaucoup trop par cœur, à force de l’avoir vécu, la tempête jusqu’aux larmes, battre le replis, se réfugier entre les quatre murs de notre chambre, porte close, fenêtre ouverte, affalé sur le lit, incapable de bouger, tétanisé, les yeux qui parcourent les piles de disques pour retrouver celui qui nous accompagne quand tout va mal, fermer les yeux, la porte à clé, laisser les larmes couler, déposer les armes, regarder les nuages gris glisser dans le ciel, ‘Before Autumn’.

Une très belle dernière chanson, ‘Lucy’, où un marin laisse sa bien aimée et part en mer pour un voyage indéterminé, la mer et ses abysses, ses larmes salées. ‘On wings, under waves’ se termine avec un second instrumental, un ‘A Strange love’ de plus de huit minutes’, qui nous glisse peu à peu dans les bras de Morphée, tout en douceur, se clôturant par quelques belles envolées célestes.

Pleine réussite entre slowcore vaporeux et songwriting intimiste pour ce premier album de Broken Flight. Véritable chef-d'oeuvre personnel tant ce disque me charme et désarme.
didier goudeseune 10 Apr 06
 
 

 
© derives.net