Dans la discographie du groupe de Leeds, ‘Rustic Houses, Forlorn Valleys’ (1997) et ‘The Cycle of Days and Seasons’ forment une boucle à part, où le groupe dans son incarnation du moment – regroupant aux côtés des frères Adams, Nicola Hodgkinson (Empress), John Clyde Evans et le duo Andrew Johnson & Craig Tattersall (Famous Boyfriend, Remote Viewer, The Boats,…), épaulé de Matt Elliot (Movietone, Third Eye Foundation) à la production sur le premier, à la co-production sur le second, qui explorait de longues chansons étirées, pastorales, relativement économes en chant, inscrites dans la lignée de formations comme Talk Talk, Bark Psychosis, Slowdive, Movietone ou Mogwai.
Six chansons en 46 minutes, cet album tient à la fois de la trame ambiante et d’un flux particulièrement entraînant, car déjouant avec brio tout risque de surplace par une spontanéité et un naturel des textures. Moins contemplatif qu’un Movietone, beaucoup plus nuancé qu’un Mogwai, beaucoup plus spontané qu’un Bark Psychosis, Hood livre surtout ici un chef-d’œuvre, une aventure auditive qui ne prend que plus d’ampleur au fil des écoutes et des retours que l’on y fera.
Hood joue beaucoup sur les répétitions et sur les atmosphères, les guitares restent le fil conducteur, épaulées par des nappes, quelques beats et samples, une batterie qui sert un peu de propulsion quand la lassitude pourrait s’installer, des cordes, des instruments à vent, de même que du chant – Chris ou Nicola - empêchent toute irruption d’un quelconque ennui. Au contraire, on entre facilement et durablement dans une transe mélancolique automnale à l’écoute de ce disque.
En un peu moins de dix minutes, "S.E. Rain Patterns" nous entraîne à sa suite, une battue en pleine campagne, un temps d’automne pluvieux et venteux, aux instants d’éclaircie presque violents tant la lumière semble pure et crue, les chemins boueux, les ruisseaux gorgés d’eau, à la limite de déborder, l’air qui gonfle nos vêtements, nous fait renoncer à tout parapluie, l’impétuosité d’émotions qui nous traversent, la beauté d’un arc-en-ciel tandis que l’on se retrouve trempé jusqu’aux os en même temps presque grisé, sous l’emprise euphorique d’un vent tourbillonnant, même si la fièvre nous attend peut-être le lendemain déjà.
Plus rythmé, introverti et chaleureux, avec une batterie bien plus présente mais délicate comme molletonnée de cymbales, chanté par Nicola, "Boer Farmstead", cherche le repos et la protection de brumes ou de voiles de coton, un retrait du monde, une fuite intérieure, des regards qui fuient, des tremblements, des jambes qui chancellent ou presque, sous le poids d’émotions déstabilisantes, d’une tristesse qui donne envie de se blottir dans un coin de haie, à l’abri de buissons, pleurer, fermer les yeux et laisser passer quelques heures, au milieu d’une vie végétale.
"The Light Reveals the Place" démarre sur un surplace contemplatif d’un peu plus d’une minute où l’on regarde du haut d’une colline élevée les nuages couler sur les paysages environnants, puis Chris se met à chuchoter mais avec cette même dimensions atmosphérique que l’on chérit chez Chuzzlewit, la connexion est très présente ici, la mélodie se met en mouvement, on se lève, on entreprend la descente relativement difficile de notre point de vue à travers un chemin encaissé et plutôt raide, mouvements saccadés, adrénaline, excitation légère, végétation exubérante et ébouriffante, on écarte les buissons, et les ronces qui bloquent à moitié le passage, donnent lieu à des sourires partagés, d’un moment à l’autre l’orage qui gronde déjà au loin pourrait éclater ici, alors on se dépêche.
Avec "Your Ambient Voice" on touche le sommet incontestable de l’album, une intro slowcore hors du commun, un bruit parasite mais qui est le signe que tout est sur le point de basculer, une batterie qui s’en mêle, qui s’acclame, le pas de course, la fuite en avant, la course folle, éperdue, le cœur qui bat la chamade pour ne pas se briser complètement, une pluie diluvienne qui nous tombe dessus, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, on voudrait crier, on ne peut pas, tant les pleurs, l’angoisse et un désespoir dense et tourbillonnant nous entraîne vers les profondeurs, marcher en simple t-shirt, hébété sous les pluies chaudes d’un orage à la mi-juillet, au milieu des éclairs, ‘to regret everything, everything, everything, everything, I regret everything, everything, everything, everything, everything,…’ chante Chris et c’est le sol qui se dérobe sous nos pieds, la chute dans l’inconscience, la noyade dans cette eau noire où notre mélancolie en pleine ébullition nous entraîne. Puis soudain sept minutes plus tard c’est le réveil, l’orage est parti, un rayon de soleil nous ramène au monde des vivants.
"The Leaves Grow Old and Fall and Die" est à la fois le morceau le plus court et le plus rapide du disque, comme une conversation à distance entre Chris et Nicola, où aucun n’entend l’autre, une tension lancinante et en même temps planante, un vent d’automne qui précipite la chute des feuilles sur son passage, arrache quelques degrés qui ne reviendront plus avant le printemps, prépare déjà le linceul de l’hiver.
Avec ses treize minutes, "Diesel Pioneers" culmine en longueur, démarre sur quelques nappes électroniques diluées qui auraient très bien pu être empruntées au ‘Ghost’ de Third Eye Foundation, mais qui ici poursuivent une autre mission, celle d’une introduction épique mais pour autant subtile, ouverte et très progressive. Viennent alors se présenter un à un les instruments, un peu comme si le brouillard s’estompait sur scène, que les lumières s’allumaient sur les musiciens. La guitare réverbérée et en arpèges, suivie d’une de ses sœurs tandis que la batteur sort de sa catatonie, un soleil pâle se lève, éclaire la scène horizontalement, nous révélant un paysage de forêts denses de conifères, le chant de Chris, sombre, désespéré, haut, mélancolique, ralenti et déclamatoire installe une certaine tension alors que batterie et guitares se meuvent de plus en plus naturellement, à la recherche d’un certain dynamisme. La tension monte encore, les guitares s’observent, le chant se fait pressant, jusqu’au point de rupture, du slowcore par excellence, des nuages rougeoyants en filaments haut dans le ciel. Etonnant comme on retrouve ici un climat similaire à certains du ‘Departures & Landfalls’ de Boys Life ou de l’album éponyme de American Football. Mais pas de vraie rupture ici, après huit minutes le morceau s’éteint, un peu comme la mer se retire juste avant un raz de marrée qui arrive à son tour, toutes guitares distordues devant et vocaux presque époumonés, mais Hood ne la joue pas mur de guitares noisy à la Mogwai, c’est beaucoup plus subtil ici et on file en droite ligne peu à peu, vers la candeur adolescente, le ligne de basse et le sens de la mélodie adolescente et mélancolique des plus belles chansons d’un Disco Inferno. Nouvelle extinction du morceau et dans ses deux dernières minutes, Hood va laisser les guitares délivrer des étincelles d’intimité touchante, fugace comme un pluie d’étoiles filantes.
Classique intemporel.
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didier goudeseune
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10 Apr 06
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