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white foliage, the - zurich
white foliage, the
zurich
fall
2005
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: recommandé par dérives
Imaginer un télescopage en plein ciel entre Khonnor et L’Altra, tandis que les figures tutélaires que peuvent être Piano Magic, Neutral Milk Hotel et les Cocteau Twins donnent leur bénédiction.

Mais même une telle généalogie sublimée ne peut résumer le miracle de cet ep et l’aventure tellement particulière qui se cache derrière lui. .

Charlie Gokey (vocaux, piano, guitare, basse, batterie, accordéon, effets) et Marie J. Parker (vocaux, piano, guitare, French Horn, violoncelle, orgue) se rencontrent en 2001, alors qu’ils ont 15 ans, lors d’un ‘International Music Camp’ in July 2001. Instantanément le courant passe et une ferveur commune pour Neutral Milk Hotel scelle leur amitié.

Mais voilà, habitant tous deux le North Dakota, 500 km les séparent pourtant, et la communication se passe par Internet. En 2002, naît l’idée d’un projet commun, sous le nom de Marie and the Flying Nuns, suivent alors des mois d’échanges de bandes retravaillées par l’un et l’autre sur leurs quatre pistes.

Les années passent, les rencontrent occasionnelles se succèdent, le projet se transforme peu à peu en groupe, des concerts commencent à avoir lieur, la dénomination change régulièrement et on aboutit finalement en 2004 à la sortie d’un split ep avec un autre groupe du North Dakota, In Ink Please.

Sorti un an plus tard, ‘Zurich’, du haut de ses vingt-quatre minutes est un premier aboutissement. Charlie et Marie ont dix-neuf ans, le résultat est titanesque et équivaut largement à la surprise qu’a été le ‘Handwriting’ de Khonnor, autre songwriter de la même génération avec lequel ils partagent un goût pour les structures mélodiques éclatées, les arrangements électroniques et des bases esthétiques finalement très indie.

Marie et Charlie se partagent le chant d’un morceau à l’autre. Il existe une trame mélodique centrale à leurs morceaux offrant un mélange entre dreampop éthérée, songwriting intimiste, indietronica, le tout avec quelques couleurs psychédéliques et un fort penchant avant/post-pop. Cependant dès qu’on entre à l’intérieur de leurs compositions on se trouve comme pris à l’intérieur d’une cathédrale de reflets, désorientés et incapables d’anticiper clairement la suite sonore, allant de surprise en surprise, d’exaltation en exaltation.

D’entrée on est confronté à un ‘Drug Song’ formidable et assez orchestré, chanté par Marie dans le rôle de la sirène séductrice, tout en lumière et légèreté, entre guitares planantes, réverbération éthérées, pluie d’étoiles filantes, bancs de poissons multicolores filant dans une mer azurée et corallienne. Pourtant aussi bien qu’il parait, ce morceau n’est qu’un hors d’œuvre par rapport aux merveilles qui nous attendent. Charlie reprend le chant sur la plage titulaire, ‘Zurich (be still)’, pop psychédélique croisée à de l’indietronica, des textures musicales d’une brillance inouïe.

Avec ces deux premiers titres, The White Foliage gagne haut la main sur la forme, proposant une pop psychédélique éthérée révolutionnaire. On croit déjà pouvoir classer le groupe quand arrivent les trois derniers titres où cette fois une profondeur mélancolique insoupçonnée envahit tout le paysage, avec une puissance, une limpidité et une grâce encore jamais rencontrées depuis que L’Altra a accosté il y a quelques années nos terres auditives, sauf peut-être l’année passée lors du ep d’Audrey. Sauf que The White Foliage compose non seulement des chansons hors du commun, mais définit à la manière d’un Khonnor, d’un Piano Magic ou d’un The Very Hush Hush, de façon peut-être plus percutante encore grâce au chant de Marie qui renvoie à l’Olympe du label 4AD, l’équivalent d’un nouveau genre musical.

Ce n’est pas un, ni deux, mais trois classiques intemporels – deux chansons et un instrumental - qui nous attendent l’un à la suite de l’autre, en un quart d’heure, The White Foliage va faire chanceler notre discothèque.

Premièrement il y a le bien nommé ‘Song Of The Aesthete’ et il faudra bien une centaine d’écoutes angéliques de ce morceau pour finir d’en cartographier les intérêts et le génie immanent qui s’en dégage, les textures sont inextricables, les couches sonores se croisent, se décroisent, palpitent, on se trouve catapulté en pleines visions paradisiaques, marchant sur des nénuphars géants au niveau d’un lac immense tandis que des nuées de papillons et d’oiseaux multicolores dansent dans le ciel et que telle une déesse, la silhouette de Marie J. Parker se distingue, flottant dans les airs.

Puis c’est au tour de son alter ego Charlie Gokey de réitérer le miracle avec un ‘Dreams of the silver moon’ qui nous laisse tremblant devant tant de beauté mélancolique dès l’intro, un banjo céleste, comme un mélange entre cette joie pure qui semble percoler de certains morceaux de Chris Bell (Big Star) ou Love et cette grâce éthérée indescriptible et euphorisante qu’ont jadis catalysée les Cocteau Twins ou This Mortal Coil.

C’est sur des sonnettes de train datant d’une autre époque que démarre le formidable instrumental ‘Nostaliglia’, entre cordes, piano, field recordings, orgue, cymbales, banjo, quelques arrangements indietronica et une grâce euphorisante et délicieusement grisante.

On secoue la tête, on ressort sonné de ce disque. On y retourne aussitôt. Comment un groupe aussi exceptionnel et hors du commun reste-t-il à ce point méconnu et mésestimé jusqu’ici ?
Didier Goudeseune 10 Apr 06
 
 

 
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