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hood - the cycle of days and seasons
hood
the cycle of days and seasons
domino
1999
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http://www.hoodmusic.net
: recommandé par dérives
Ce cinquième long format de Hood, ‘The cycle of days and seasons’ est un peu à ‘Rustic Houses, Forlorn Valleys’ ce que ‘Pygmalion’ est à ‘Souvlaki’ pour Slowdive, un disque plus expérimental, osé et risqué, qui suit à un chef-d’oeuvre vibrant et inconstestable et qui marque une période de rupture nette pour chacun des deux groupes, un split pour Slowdive, de nombreux départs pour Hood qui fermait ici une époque. De la même manière que ‘Pygmanion’, ‘The Cycle of Days and Seasons’ dégage quelque chose d’infiniment précieux, d’une nature souvent proche des œuvres du Talk Talk finissant et de Bark Psychosis, en plus accidenté cependant, avec la sensation de marcher quelque fois en terrain miné ou de traverser un pont de bois vermoulu et couvert de mousse.

Si l’effet est moins direct que pour ‘Rustic Houses, Forlorn Valleys’, son album jumeau, il n’en est pas moins prenant et désorientant, Hood ayant pris la peine de glisser des chausse-trappes, de détailler plus profondément les textures, de retravailler les structures pour y glisser des nuances et subtilités qui prennent du temps à se laisser décoder, l’utilisation de field recordings demande également un certain effort de mise en contexte, l’approche est également bien plus digitale, l’impact de Matt Elliott sur ce nouveau disque est bien plus prégnant que sur le précédent, un peu de Third Eye Foundation et de sa noirceur semble par moment avoir percolé dans l’univers de Hood.

D’entrée, ‘Western Housing Concerns’ ressemble à une version densifiée du songwriting du dernier album, la contemplation se fait moins calme, les ambiances sont plus automnales touchant même sur les premiers instants de l’hiver, les feuilles plus souvent au sol qu’encore accrochées aux arbres, sous nos pieds tandis que l’on marche sous la pluie, abrité d’un vêtement imperméable, à capuche bien entendu. La pluie varie de la bruine infiltrante à l’averse franche mais ne cesse jamais, un froid humide s’infiltre en nous, presque désagréable, alors on force le pas, pour maintenir la température. Le vent nous surprend par bourrasques, interdit tout usage du parapluie, on marche en évitant les flaques profondes, en contournant les passages très boueux. A l’horizon des nuages gris défilent à travers les silhouettes d’arbres dénudés, des oiseaux s’envolent sur notre passage, mais limitent leur chant à sa plus simple expression, éteints comme la végétation qui nous entoure, les cours d’eau sont gonflés et débordent quasiment par endroits. C’est l’automne dans toute sa splendeur, les voix de Chris et Nicola se croisent sans se voir, à la perfection, comme deux passagers solitaires d’une même tempête, tout deux en harmonies avec la météo, mélancoliques, incroyablement épurés et émouvant dans leurs expressions. Renversant.

Ambiances jazzy et crépusculaires pour ‘Hood Is Finished’, mais l’un de ces crépuscules nord européens qui prend beaucoup de temps à s’installer et ne se termine même pas tout à fait l’été venu, déclin progressif des intensités lumineuses, couleurs de plus en plus sombres des nuages, croisement entre les natures diurnes et nocturnes, les différents paliers d’une solitude qui font que l’on se retrouve de plus en plus avec soi-même, en détachements progressifs. Quelque chose de Movietone également avec ces cuivres et cette batterie, ces visions rêveuses qui nous envahissent, une légère brume qui glisse et enveloppe tout de flou, la vision décline, peut-être le sommeil qui approche. Ce titre étrange aussi, comme si Hood allait mettre un temps d’arrêt à ce genre d’explorations musicales qui sont pourtant de mes préférées. La sensation également d’entrer en résonance avec le monde intérieur mélancolique de Chris Adams, plus que jamais fil conducteur sur ce morceau de la même manière que Kate Wright l’est chez Movietone, un goût d’amertume salée sur la langue, des yeux dans le vague attachés au défilement de la ligne d’horizon et des silhouettes d’arbres, de piquets électriques, de clôtures et de maisons aux volets fermés.

Ce qui est nouveau aussi sur ce disque, c’est l’ajout de quelques interludes, un peu comme des fragments, des idées exploitées, expérimentations vocales et instants de grâce qui n’ont pas trouvé leur aboutissement sur un morceau finalisé et que Hood a préféré nous donner déjà se sachant proche d’un virage.

L’impression sur ‘September Brings the Autumn Dawn‘ de se trouver au sommet dénudé et herbeux d’une haute colline qui surplombe le paysage, adossé à un rocher, ou simplement le dos dans l’herbe, au petit matin, juste avant l’aube, encore emmitouflés dans des sacs de couchage. Plus bas dans la vallée, les cloches d’une église de village se mettent à sonner pour annoncer le retour de l’aube. Les premiers jours de septembre, les derniers jours de l’été auquel on ne croit déjà plus, l’émotion toutefois de découvrir un ciel noir étoilé se pigmentant peu à peu de bleuté, l’une ou l’autre tâche rougeoyante qui dans une heure ou deux ne sera que fragment d’ouate flottant en apesanteur. Quelques mots échangés et confiés entre Chris et Nicola, mais comme capturés dans deux réalités parallèles, chacun seul au même endroit, parlés et chantés comme des notes que l’on accumule dans un carnet, pour saisir une impression, une idée qu’on réinvestira plus tard peut être ou qui ne serait-ce qu’écrite permet de prendre un certain recul, s’offre comme filtre polarisant, comme miroir de l’âme.

Nicola aux commandes sur ‘In Iron Light Hood’ en apesanteur, flottant sur les couleurs qu’impriment aube et crépuscules sur ces nuages haut dans le ciel, la sensation d’entrer dans l’antichambre d’un forgeron céleste.

Retour rapide vers la surface du sol avec ‘How Can You Drag Your Body Blindly Through?’, un sentiment d’urgence, l’âpreté du gravier, la froideur des surfaces métalliques, un réveil et un lever trop tôt alors que la nuit fut très brève, un café pris à jeun qui rend nauséeux, un départ précipité, les anonymes blafards croisés dans les transports en commun, le départ au boulot alors qu’il fait encore noir à la fin de l’automne, une journée qui n’annonce vraiment rien de bien.

Heureusement, Hood nous délivre illico un antidote avec le merveilleux ‘Houses Tilting Towards the Sea’ qui aurait pu se trouver sur l’album précédent, quelques couleurs et paysages côtiers dignes de Movietone en plus. Marcher seul sur le long de falaises de craie dans le vent au petit matin, laisser remonter la tristesse et la mélancolie simplement, peut-être pleurer ou sourire en tout cas se retrouver. ‘Cause love is strong’ ou ‘I love you all the time’ chante Chris Adams entre autre, sur une des plus belles chansons mélancoliques et sentimentales jamais écrites pour moi, qui remue profondément à l’intérieur, fait planer et décoller, le corps frêle, l’âme à nu.

Avec ‘Roads Lead Northwards’, on retrouve un format plus groupe et collectif, un son plus live, des effets dub froids et une tendance à l’expérimentation jazzy et noisy, sentiment de malaise claustrophobique, inquiétude presque panique, pour un résultat particulièrement sombre et dépressif, ‘I don’t feel at home anymore’ chante Chris et ça fait franchement peur. D’autant que l’interlude qui suit, utilisant des sons de cloches mais manipulés avec un grondement qui annoncerait presque l’arrivée de bombardiers destructeurs n’est pas pour nous retirer nos idées noires. ‘The Cliff Edge of Workaday Morality’ qui termine l’album est le grand choc entre les univers de Hood et Third Eye Foundation, glauque, inquiétant avec ses samples et beats oppressants, ses cuivres funestes, mais décidé et déterminé avec quelques notes de fraîcheur et de lumière mélancolique dans le chant d’un Chris, poursuivi par ses fantômes. Il en reste que cet album se termine sur une double note des plus sombres.

Bien entendu ce disque contient quelques morceaux gigantesques qui développent un peu plus loin encore les merveilles entrevues dans ‘Rustic Houses, Forlorn Valleys’, mais en même temps sur d’autre plages on est confronté à une réalité qu’on aurait plutôt tendance à fuir. Néanmoins cela reste un très grand disque qui clôt pour moi la meilleure période du groupe, celle qui me correspond le plus.
didier goudeseune 19 Apr 06
 
 

 
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