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jeniferever - choose a bright morning
jeniferever
choose a bright morning
drowned in sound
2006
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raw translation
http://www.jeniferever.com/
http://www.disrecords.com/
http://www.myspace.com/jeniferever
: recommandé par dérives
Premièrement, dépasser le nom de groupe qui au-delà d’être également celui d’un titre des Smashing Pumpkins n’est en rien génial, ni transcendant, ‘jenifer / pour toujours’ très adolescent encore dans la démarche. Dépasser aussi la pochette cartonnée à l’artwork assez kitschissime, excessif et tarte à la crème, sorte de paysage best of recomposé de morceaux sauvage de Suède, les glaciers, les lacs, les forêts de conifères, les chutes d’eau, les massif rocheux, les cieux tourmentés et pluvieux.

Sur ces deux plans, Jeniferever aurait gagné à plus de subtilité et d’économie de moyens. Il n’y a pas de fumée sans feu et on retrouve par instants ce manque d’épuration dans la musique du groupe lui-même, mais en même temps la réussite est toutefois évidente, après une dizaine d’écoutes le groupe gagnant encore en émotion à chaque écoute.

Ce n’est pas anodin en effet si le groupe invite Anna Tomlin (Audrey) aux secondes voix sur un morceau, de même que Chris Leo (Vague Angels, The Lapse, The Van Pelt, Native Nod) au chant sur un autre (raté celui-là, ‘Magdaleno’ est en effet tout bonnement inécoutable, glauque et malsain, le seul objet de sa présence sur ce disque semble d’avoir pu y inscrire le nom de Chris Leo). Toutefois à l’écoute de cet album, on songera plutôt à l’Appleseed Cast de ‘Low level owl’ et ‘Two Conversations’, de même qu’à Ariel Kill Him, Mew ou The Gloria Record, ou encore à Gregor Samsa en bien plus surchargé.

La dimension adolescente du nom de la formation revient dans leurs ambiances très à fleur de pear et engagées, très sombres et mélancoliques également, manquant à ce titre d’un peu de nuances. Cela se ressent aussi dans la manière où tout ceci est une aventure de groupe, dans l’exposition publique que leur chanteur Kristofer Jönson fait de ses lyrics très personnels. Il y a là derrière une certaine cruauté personnelle car sur aucune des plages ici présente il se laisse aller complètement vers quelque chose de plus chaleureux, intimiste ou de béatitude, au contraire, on en revient toujours vers une mélancolie tranchante, désillusions, cœurs brisés et détresse sentimentale, pas de coucher de soleil radieux, juste pluie et tempête en ligne de mire ; le genre de pics émotionnels qui correspondent généralement à l’adolescence.

Cette idée de surcharge est quant à elle liée à la tendance à accumuler la diversité sonore sur le disque, multiplier les pistes et les ambiances plutôt qu’en approfondir certaines, au-delà des classiques guitares, basse, batterie et claviers, on trouve ainsi des cordes et des cuivres la plupart du temps peu justifiées pour un groupe encore à ce stade. De même le groupe commet l’incongru avec un banjo qui vient couler un titre déjà mal en point, ‘Marks’.

Alignant neuf titres en une heure, les Suédois ont une certaine affinité pour les longs formats, ce qui par moment peut laisser une certaine sensation de vide de long de l’écoute de leur ‘Choose a Bright morning’, d’autant que la structure de l’album est déséquilibrée. Celui-ci débute par les trois titres les plus accrocheurs et sans doute les meilleurs de l’album. Les deux titres ratés déjà évoqués sont en avant-dernière et avant-avant-dernière positions, ce qui laisse à l’écoute un léger sentiment d’inaccomplissement. Les quatre autres plages qui s’articulent, trois après les trois premières et une en dernière position se révèlent belles mais pas directement aguichantes, nécessitant bien quelques écoutes avant de se découvrir. Probablement qu’avec un agencement plus réfléchi, ‘Choose a bright morning’ aurait été plus envoûtant et englobant parce que dans sa conjoncture actuelle, à certains endroits, on voit à travers.

Le trio de tête reste résolument sublime, quelque part entre Gregor Samsa et le Mineral de ‘EndSerenading’ ou l’Ariel Kill Him le plus aérien et sophistiqué. Puis surtout, ce sont aussi les trois plus beaux textes de l’album également, d’une finesse d’écriture résolument hors du commun, troublants, émouvants et subtils. Là aussi on se confronte à cette bizarrerie qui fait que le reste des textes n’atteint jamais la même densité par la suite.

Un premier album malheureusement bancal d’un groupe qui a pourtant des ailes immenses. Difficile de ne pas recommander chaudement ce disque quand même, car s’il laisse un léger goût d’inachevé ou d’immaturité, il a quand même bon nombre d’instants particulièrement prenants et l’on a tendance à revenir régulièrement l’écouter également.
Didier Goudeseune 03 May 06
 
 

 
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