Au départ deux puis trois jeunes Américains de moins de vingt ans s’unissent pour enregistrer un disque sous le nom de The Winston Jazz Routine. De jazz il ne sera pas question, si ce n’est d’un saxo un peu trop envahissant qui fait bugger sur la fin le dernier morceau de ce disque.
Non, il s’agira plutôt d’indie pop, à la façon de London Apartments, de The Blue Hour, ou Bluepocket, soit des mélodies folles et mélancoliques, un chant mi-androgyne mi-adolescent, une spontanéité sans faille et une fragilité toute printanière. Alors assurément, on a des doutes au début, cette avalanche de claviers, ce piano synthétique, cette guitare électrique simple mais signifiante, ce chant qui aime à rester à l’abri de la musique parfois – une résurgence shoegazing ? -, mais de fil en aiguille on finit par reconnaître à The Winston Jazz Routine un charme plus que certain qui pourrait séduire assez facilement les fans de Death Cab For Cutie & Postal Service intéressé par une approche un rien plus timide et renfrognée.
Alors bien sûr, il ne faut pas s’attendre à beaucoup d’expérimentations ici, c’est le naturel qui prévaut, la recherche d’émotions spontanées, d’une certaine euphorie qui s’élève d’un arrière-fond mélancolique. Le disque s’ouvre sur une belle envolée fragile sur le rythme de la confession, ‘keys’, avant de décoller pour le tube du disque, ‘tension’, mu par un gimmick au piano particulièrement imparable et enthousiasmant, un peu comme une rencontre entre Wim Mertens et New Order, le genre de boucle mélodique que Vitesse ou les Magnetic Fields des débuts auraient été heureux de capturer.
Epique et imparable, dynamique avec ses roulements de beats, planant avec ses vocaux aérés, ce morceau, imparable, infiniment simple, mais irrésistible et immédiat n’en finit pas de nous remémorer le sens du mot catchy.
Le trio explore une veine plus intimiste et fragile, un ‘7/29’ qui ne dépareillerait pas chez Bluepocket, un ‘a high-handed realization’ qui joue la carte de l’indietronica, un ‘summer as it were’ très électro-pop lo-fi avec un je-ne-sais-quoi à la London Apartments.
On pointera du doigt également le très inspiré ‘a WWI soldier in traction’ où le trio complexifie ses textures pour un résultat plus sombre, troublé et émouvant où les guitares jouent avec bonheur un rôle plus important et transcendent les émotions ici partagées.
Ce mini-album se termine sur deux titres qui sans être déplaisants se révèlent de moindre ampleur, ‘holy matrimony’, ‘alarming speeds’. Un joli premier disque pour ce trio américain, mais l’on sent bien que pour la suite, il leur faudra soigner les nuances, mais le potentiel semble là, le chant est des plus charmants.
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