Sale sale sale coup de spleen que cette compilation. ‘Alice ne se rendra jamais’ : jolie épitaphe de fin pour un label qui semble s’être fait happer en plein vol. Mené par Yann Farcy, ce label de Dijon avait été pour nous le point d’ancrage européen de toute une série d’albums formidables, que ce soit ‘The Loss of our Winter’ de Below The Sea, ‘Secret Affinities’ de Chuzzlewit, ‘The Lead Shoes’ de Tinsel, ‘Better Today Then’ de Wow & Flutter, ‘Suurempipieni Palatsi’ de Kemialliset Ystävät ou le ‘Awake like sleep’ de Greg Weeks.
Beaucoup d’orphelins aussi, de disques prévus, prochains ou déjà sortis sur d’autres continents et qui ne verront pas le jour ici : Wow & Flutter, Below The Sea, Chuzzlewit, Picastro, Seaworthy, Last Harbour ou Room 204.
Mais revenons-en à nos moutons, au sujet de cette compilation qui prend aujourd’hui un ton opposé à celui qu’elle affiche, positive et ouverte sur un futur pas encore dérobé au moment de sa conception. Il ne s’agit donc pas d’un sampler reprenant des morceaux déjà sortis sur Alice in Wonder, mais plutôt des inédits qui auraient dû sortir peut-être dans la suite de la discographie du label avant que le destin ne le décide autrement.
Last Harbour ouvre les débats avec le folk chuchoté et aérien de ‘these poles are not crosses’. Des paysages gelés où glisse un violon tandis qu’une guitare et un piano égrènent des notes et qu’une voix fatiguée et mélancolique pose quelques mots. L’envie de découvrir plus loin ce groupe apparaît.
Room 204 est un duo français inconnu qui était sensé sortir dans la foulée un premier album sur Alice in Wonder. ‘My silent crimes’ est un instrumental post-rock des plus intéressant, batterie, guitares et nappes avec une sensibilité personnelle. Espérons entendre reparler d’eux le plus vite possible !
Le ‘remove the need’ de Greg Weeks est un petit miracle de folk mélancolique guitare/voix qui n’est pas sans rappeler Wio. Un Greg Weeks plus touchant et intime que sur l’album ‘Awake like sleep’. Le ‘Customer’ de Below The Sea remplit le minimum syndical d’un groupe habitué à l’excellence post-rock atmosphérique, on vous renvoie aux chroniques de leurs deux premiers albums.
On retouve Birddog avec un ‘the play’ des plus intéressants. Je n’avais que moyennement accroché à leur album, mais ce morceau quelque part entre Leonard Cohen et Neil Young me donne envie de me réintéresser à eux ou en tout cas de leur donner une nouvelle chance. Le ‘random books floating’ de Tinsel subjugue, un piano, des bruitages inquiétants en nappes et un chant à la fois intime et désabusé, on aspire au successeur de ‘The Lead Shoes’, qui date déjà d’il y a près de trois ans si l’on se réfère à sa période d’enregistrement.
Doux interlude shoegazer ambiant avec Portal et son ‘Breathe Version’. Rien d’absolument mémorable. Par contre on reste scotché à vif sur le ‘side by side’ de Chuzzlewit où Greg Prickman partage le chant avec Beth Arzy d’Aberdeen et des Trembling Blue Stars. Plus belle chanson de la compilation. A la fois plus lumineuse et tout autant mélancolique que les autres compositions de Chuzzlewit. Follement planante sous le soleil entre ouate, ciel bleu clair et nuages blancs. On saisit nos peines comme l’eau courante d’une fontaine qui s’échappe et s’écoule entre nos doigts. Vivement que son nouvel album, prêt à être sorti, trouve label à son pied.
Approche relativement théorique pour le ‘C’est un joli matin part IV’ des Français de Tank. Une drone de plus en plus vibrante, mais d’une nature assez synthétique, comme le réveil d’une ville industrielle sous une bruine constante et qu’on traverse en voiture à vitesse modérée. Très beau et quasi-bouleversant, le ‘Your own bar’ de Retsin, duo formé par Cynthia Nelson et Tara Jane O’Neil, une tristesse souterraine sous la blondeur estivale de chants de blés, la ruralité, le soleil, l’ombre des arbres et le spleen. L’envie de foncer écouter leur ‘cabin in the wood’ sorti sur Alice In Wonder.
Etrangeté psychédélique folk expérimentale et finlandaise avec le ‘Varmaan helposti murtuu mun luut’ de Kemialisset Ystävät. Une expérience à part entière. C’est aux Américains de Wow & Flutter qu’il convient de laisser s’échapper les dernières notes pour Alice In Wonder. Un ‘Bluer than the painted skin’ relativement évanescent qui tour à tour prend corps peu à peu puis se dilue, dans la lignée de leur album ‘Better today then’.
Bonne compilation d’inédits au total, même si pas exceptionnelle, qui ne sonne en rien comme le chant du signe qu’elle semble condamnée à être.
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