On avait déjà croisé le label portugais Bor Land grâce à leur très intéressante compilation ‘Your imagination’, mais également avec le très bon premier album de Old Jerusalem, ‘April’. Les voici de retour avec une nouvelle compilation réunissant cinq groupes portugais avec trois titres chacun. Une manière comme une autre de prendre à nouveau la température d’une scène très peu connue ici.
A tout seigneur tout honneur, Old Jerusalem entame la joute avec deux inédits et une nouvelle version acoustique de ‘To be special’, un morceau de leur recommandable album. Ces deux premières plages valent à elle seules l’acquisition de la compilation. ‘Rubies’ et ‘Sleep and Dream’ sont toutes deux d’une beauté terrible. Une ou deux guitares acoustiques et voix, la simplicité même, mais une efficience et une sensibilité rare. Deux minutes vingt à peine pour ‘Rubies’ mais suffisamment pour prendre au ventre et laisser l’esprit dériver en apesanteur, quelque part entre les univers de Chuzzlewit et Nick Drake. Tout se ralentit autour de nous, la température baisse peu à peu de dix degrés, les yeux dans le vague, on frissonne capturé dans ses pensées intimes.
C’est en six minutes que ‘Sleep and Dream’ nous coule à pic. Sans problème la plus belle chanson de Old Jerusalem à ce jour. C’est rare quand une simple guitare/voix peut émouvoir à ce point. D’autant plus qu’on ne situe pas tellement facilement Old Jerusalem dans le paysage des songwriter actuels. Peut-être à mi-chemin entre Owen et Wil Oldham ici. Il y a comme une ferveur sourde qui transporte et transfigure en grâce le désespoir contenu. C’est magique, ça s’administre en boucle en doses massives jusqu’à deux doigts de la perte de conscience et de l’effusion de larmes.
Pas évident de suivre Old Jerusalem sur cette compile tant le niveau est élevé. C’est Alla Polacca qui se colle à la tâche, ou plutôt qui se coltine la peine. Il y a des qualités à reconnaître à ces morceaux, mais ça reste cependant bel et bien au niveau d’une démo. Les intentions sont bonnes, mais les erreurs de structures nombreuses, le mixage très limite et certains instruments et passage chantés approximatifs. Le groupe a visiblement encore besoin d’une ou deux années de travail et d’un sevrage radical de certaines de ses influences afin de trouver sa voie. Trois plages de rock indépendant planant, héritières des Radiohead ou The Verve, la limpidité, le talent et la personnalité en moins.
Déjà présent sur la compilation ‘your imagination’, Polaroïd et son rock shoegazer sont à nouveau de la partie. Je suis moins convaincu ici, trop rétro, lorgnant quasiment vers la new wave. Mais le fond du fond est assuré par Boiar sorte de rock cabaret portugais aux vagues accent punk et jazzy. Vraiment quelconque. Dernier du lot, Abstrakt Circkle chante en français sur son premier titre et on a du coup l’impression de rencontrer des sortes de cousins expérimentaux des Rita Mitsouko. Mais ça se dégrade complètement sur l’horrible titre qui suit, un rock écœurant criard et vaguement punk qui dans le meilleur des cas pourrait faire penser à une très mauvaise démo de Skunk Anansie. Affreux.
Une compilation bien décevante au total, malgré ses deux fantastiques morceaux d’ouverture. A tous les coups Old Jerusalem ressortira bien ces perles un jour autre part et puis le file sharing existe aussi pour ça.
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