accueil . home
 
v/a - surrounded by sun
v/a
surrounded by sun
fonal
2002
imprimer
envoyer à un ami
raw translation
http://www.fonal.com/
Le label finlandais introduit ‘Surrounded By Sun’ sur son site de cette façon: “Fonal Records celebrates it's 20th release with this great compilation that brings you uncompromised and stunning songs from all over the world. A compilation that does what most compilations fail in, sounding like one holistic album.”

On ne peut qu’abonder dans ce sens. ‘Surrounded By Sun’ est une compilation sidérante et il faut bien remonter jusqu’à celle du label See-Through avec ‘But Solid’ pour retrouver quelque chose d’aussi fort et unique sauf que Fonal va sans doute encore bien plus loin et nous fait prendre conscience qu’on est passé à côté de tas de choses, que toute une série de groupes nous sont inconnus ou trop peu et qu’on en est perdant.

‘Surrounded By Sun’ nous transporte de son flot de vérités et de pensées, de sensations nouvelles à travers les sphères folk, lo-fi, psychédéliques et expérimentales, domaines qu’on avait cru avoir cernés, mais qui se révèlent d’un spectre plus large tel que l’envie de les explorer plus à fond titille vraiment.

Ecouter cette compilation donne l’impression de traverser un portail magique et de se retrouver dans un monde étrange, subtil et naturel, baignée d’une lumière blanche et pure, couvert de forêts sombre où des êtres discrets vaquent à leurs occupations.

Le terme ‘compilation’ ne s’applique pas tellement à ce disque, il s’agit plus d’une œuvre complète, qui s’apprécie comme telle, dont Sami Sänpäkkilä et Jan Anderzén sont les concepteurs et maîtres à penser.

Il y a une importance presque vitale à écouter et découvrir ce disque pour s’ouvrir l’esprit. Quinze artistes, pour une bonne part finnois mais aussi des Anglais, Norvégiens, Suédois, Japonais et Américain tissant dans une certaine intimité esthétique commune un réseau mental basé souvent sur un folk primordial et acoustique.

Sleeping Bags est un duo féminin finnois (http://www.fonal.com/super.html). ‘Siggur’ est un morceau apparemment classique, une guitare acoustique lo-fi, un chant saturé et lointain et quelques bruitages supplémentaires. Sauf que ça fonctionne mieux que tout ce qu’on aurait pu espérer, il y a une mélancolie cristalline qui apparaît comme un fantôme et se fixe dans nos pupilles. Un peu comme si Julie Doiron avait collaboré avec les Supreme Dicks.

Alien Heart correspond plus à l’idée qu’on se fait d’un folk rock seventies d’influence psychédélique. Le dossier de presse parle à raison de Syd Barrett ou JJ Cale et on pourrait ajouter à cela toute la clique du Dream Syndicate de Steve Wynn. ‘If you feel’ est assez mélodique et contribue au trouble d’ensemble.

On ne sait pas qui est Pekko Käppi, mais on tombe complètement sous le charme du duo et de son ‘äksyn tytön tanssi’ joué à la lyre et la harpe, ce qui donne des ambiances de violon malmené, croisé avec un banjo. Vraiment magnifique. Un peu comme de se trouver après une longue marche à l’extérieur dans le froid, le ventre vide, à l’intérieur devant une table où se trouvent un bol de soupe chaude, du pain frais et du fromage.

J’ai assisté, il y a quelques mois à un concert de Janne Laurila à Louvain-la-Neuve, lors de la tournée européenne qu’il partageait avec Es et ça ne m’avait pas spécialement emballé, un peu trop crooner pour moi et plein de petits défauts et tics. Son ‘a thousands goodbye’ s’en sort bien mieux, avec ce qu’il faut de retenue et un je ne sais quoi qui me rappelle Gram Parsons transposé dans l’univers du folk plutôt que de la country. On a même envie de voir ce que ça peut donner sur album histoire de voir si ça ne peut pas nous bercer le temps de siestes estivales à venir.

Sur ‘glowing things glow’, le Norvégien Ring nous la joue Bonnie Prince Billie inspiré et retranché dans une pénombre qu’il entend ne pas quitter. J’avais un a priori négatif sur les deux ou trois morceaux déjà croisés de Ring, celui-ci vient bienveillamment remettre les pendules à l’heure. Un album entier dans cette veine pourrait très facilement donner le change à St. Thomas, autre Norvégien célèbre.

Floating Flower est un side-project des fameux Japonais d’Acid Mothers Temple, avec Kawabata Makoto à la guitare acoustique, accompagné de deux Japonaises, Yuki aux vocaux et violon et Kaneko Tetsuya à la tabla et guitare électrique guitar. Six minutes psychédéliques, acoustiques et légèrement mélodiques. ‘Desert (remix version)’, un plaisir pour l’oreille qui se laisse emporter telle une fleur de nénuphar dérivant au gré des courants à la surface d’un lac.

Je n’avais encore jamais rien entendu de P.G. Six, mais leur réputation m’avait déjà atteint, ainsi que celle de son ancien groupe, Tower Recordings. Merveilleuse complainte psych-folk dans la tradition du label ESP ou de musiciens comme Nick Drake ou Bridget St-John, ‘A lake of beer and the three truths’ est un bonheur fragile, on s’assoupit sur le sol et on observe des massifs fleuris et parfumés de lys où les abeilles viennent butiner. Quelque chose de magique prend forme doucement et on a presque envie de pleurer tellement on se sent bien dans cette compilation.

Un groupe finlandais ensuite, Kuusumun Profeetta, qui chante dans son idiome local, ‘kaunis iltapäivä’, armé d’une seule guitare acoustique à peine touchée et d’un chant qui s’autoalimente en devant de scène et distille une ambiance obsédante. Que se passe-t-il ? Que nous arrive-t-il ? On est pendu à ces lèvres et à ces mots dont la signification nous échappe, mais auquel on accroche tout de même un sens de comptine enfantine et de confessions timides.

Le ‘kniphofia’ de Fursaxa est comme un nuage qui se dépose peu à peu, recouvre et envahit une forêt de pins gigantesques entre lesquels on erre, à la recherche de notre chemin perdu. On tend l’oreille, pour essayer d’entendre les voix de la forêt. Cette plage aurait pu servir de soundtrack idéal aux instants les plus recueillis du film ‘Princesse Mononoke’ de Hayao Miyazaki. Il y a une force bucolique comme rarement croisée, on imaginerait presque entrevoir des esprits de la forêt entre ces nappes chantées et ces drones bourdonnantes lointaines. Waouw. On en ressort transporté, encore loin du sol, plus tout à fait pareil et pressé d’y revenir.

‘To build the voices’ est facilement le morceau le plus accessible et palpitant de Tinsel à ce jour, sans doute parce qu’il laisse le chant principal à une invitée, Kaleen Enke qui peuple son monde de lumière. Ca donne du Tinsel en version féérique. Si la chanson témoigne de ses nouvelles directions musicales vers plus d’espoir et plus de nuances dans les ambiances, alors on peut s’attendre à être sérieusement séduits et marqués.

Après ces deux groupes américains, retour en Finlande avec le ‘jealous birds’ de Kiila, de manière surprenante, folk, pour les auteurs de l’album ‘Heartcore’, plus rock lui. La plage en tout cas se marie et contribue pleinement à faire de cette compilation une œuvre réussie.

Greg Weeks dénigre un peu ‘howling for blood’ sur son website, pas satisfait de l’enregistrement en direct sur minidisc. Mais en tant qu’auditeur on n’a vraiment rien à redire de cette chanson folk guitare voix qui fait un peu penser à du Wio. Quiconque a succombé à l’album de Greg Weeks sur Alice in Wonder devrait être plus qu’enchanté de la petite merveille capturée presque par hasard que Greg Weeks laisse ici. Un peu comme de se lever la nuit pour aller boire un verre d’eau fraîche et se recoucher et laisser le sommeil nous envahir à nouveau très vite.

Ville Leinonen est décrit comme le Elvis de la Finlande. Une pure histoire de look sans doute car d’Elvis nulle trace sur ‘unisuudelma’ qui ressemble à un frère jumeau du morceau de Greg Weeks. Même principe folk intimiste, guitare acoustique et chant, cousin une fois encore de Wio, une plage que l’on laisse tourner en boucle pour qu’elle s’insère peu à peu dans notre quotidien. Est-ce que le reste de la discographie de Ville Leinonen ressemble à ça ? Si oui il faudra aller voir plus loin en toute urgence.

Scorces comprend en son sein des membres de Charalambides (récemment signés sur Kranky) et Ash Castles On The Ghost Coast. ‘Sun Leaf’ est un drôle d’objet, des vocalises féminines - Meredith Monk n’est pas loin - agrémentées de vagues sons lointains de clochettes. Très étrange mais ça rajoute au mystère de ce disque.

C’est à Kemialliset Ystävät qui peu à peu se construit une figure de culte que revient l’honneur de terminer cette compilation avec un ‘milla’ tout simplement brillant, rafraîchissant et inattendu, en tout bien et honneur hippie et psychédélique, qui nous accroche un sourire aux rêves.

Bon et bien vous savez ce qu’il vous reste à faire. On en reparlera après et sans doute que pour une poignée d’artistes présents ici ce sera un aller simple pour vous car, l’envie de les découvrir plus loin ne vous lâchera plus. Chaudement et sincèrement recommandé.
didier goudeseune 26 May 06
 
 

 
© derives.net