Geographic est un sous-label de Domino mené par Stephen Pastel et Katrina Mitchell, les deux têtes pensantes des Pastels.
« You Don't Need Darkness To Do What You Think Is Right » a été conçu comme une représentation et une vision de leur objectifs et démarche avec Geographic. On retrouve ainsi toute une série de musiciens amis et proches des Pastels, les différents artistes de Geographic, ainsi que quelques nouveaux venus moins connus.
A une ou deux exceptions près (Future Pilot Aka, Barbara Morgenstern), cette compile marque une réelle cohérence d’ensemble : pas de chanson majeure et renversante, mais beaucoup de bons morceaux comme autant de cailloux repères laissés par un petit Poucet pour nous emmener de bout en bout sans nous perdre. Comme le laisse sous-entendre le titre, Geographic privilégie la lumière à l’obscurité, mais celle-ci est toujours apaisante, éclaire par transparence, réveille les nervures des feuilles et les nuances des fleurs.
La bonne nouvelle, c’est que ce disque laisse l’image d’idées fortes, d’une vision propre et unique qui distingue Geographic des autres labels que l’on suit déjà avec assiduité. L’écoute éveille en nous l’envie d’en savoir plus sur ces artistes qui, pour plus d’une moitié, n’avaient pas croisé nos cheminements jusqu’ici.
+ A tout seigneur tout honneur, c’est aux Pastels eux-mêmes que revient la joie d’ouvrir les festivités. L’instrumental « intro » tout d’abord : voile léger et aérien, comme du Album Leaf dans l’éther. « Everybody is a star » nous ramène directement aux glorieuses heures de leur précédent album, « Illumination », en 1997, déjà. Peu de choses semblent avoir changé, une trompette en arrière-plan en plus et un ralentissement bénéfique de la mélodie. Rien de vraiment inattendu, juste un petit bonjour plaisant dans la perspective d’un nouvel album en prétendue préparation.
+ International Airport est le projet de Tom Crossley aidé de divers musiciens, celui-ci a à ses heures participé aux Pastels et à Appendix Out. Il a également déjà sorti un album en 2000 sur Geographic, « Nothing we can control », produit par John McEntire (Tortoise). Coup de chance et pas de surprise, son « Cordial Arrest » sonne à mi-chemin des Pastels de « Illumination » (le chant) et de l’Appendix Out de « Daylight Saving » (l’instrumentation). Joli moment d’ensoleillement printanier.
Quasi radio formaté, à la production clean, « Remember Fun (Like We Was Young) ». Boosté de basses hip-hop, d’influence Jamaican reggae typique, aux gros deck portables, on s’attend à tout moment à le voir coupé par une annonce radio impromptue sur les bouchons, déviations et autres imperfections momentanées du réseau autoroutier.
+ Décalé et en fin de compte rigolo avec ses sifflements constants, sa contrebasse, piano, percussion, ses superbes passages de flûte traversière et trompette, le « Wiltz » du Bill Wells Octet réussit à chaque fois à nous faire esquisser un sourire.
Les Japonais de Maher Shalal Hash Baz montrent autant de maîtrise qu’un Daniel Johnston ou un Jad Fair dans la réalisation de leur « Stone in the river », mais il ont sans doute plus d’ambitions également. La trompette et les chœurs féminins aident aux prétentions d’équilibre de l’édifice lo-fi.
+ Sur l’acoustique « Me, on the beach », le duo japonais Nagasi Ni Te reprend l’héritage Galaxie 500 là où leurs compatriotes de Sugar Plant l’avaient laissé. Le chant japonais haut en couleur de la fille laisse des frissons exotiques.
+ Le « Pastel Blue » de Sister Vanilla marque les retour aux affaires des frères William et Jim Reid (Jesus & Mary Chain) pour le projet de leur sœur Linda. On n’est pas tellement loin des ambiances acoustiques de « Stoned & Dethroned » et la voix de Linda a quelque chose d’angélique qui rappelle celles des Pastels.
+ Pedro est le projet solo de James Rutledge, membre de Dakota Oak (Twisted Nerve). « Amber » est une plage instrumentale lumineuse, entre électronique et post-rock un peu à la façon de Four Tet, mais avec un grand amour pour les musiques nouvelles de Steve Reich ou Philip Glass.
Electronique monocorde avec un chant allemand froid et mécanique, le « Kleiner Ausschnitt » de Barbara Morgenstern passe sans marquer.
+ Le bonheur slowcore à l’état pur, c’est avec le « Known For Years »de Empress qu’on le retrouve. Splitté, le trio retrouve une brève existence sous forme de duo resserré pour une ligne droite sans remous. On a déjà entendu mieux de la part de Nicola Hodgkinson et Chris Coyle (Halkyn), mais les savoir toujours préoccupés à de quoi réjouir.
+ Le « Language in things » de Appendix Out est magnifique, comme d’habitude, avec un Ali Roberts au sommet de sa foi mélancolique, semant derrière lui un nouveau classique folk du pays des collines boisées et séculaires, battues par la pluie et le vent, aspirant au calme de la nuit.
+ La compilation Geographic marque une sorte de renaissance pour deux groupes en hiatus, Empress et les vétérans de Telstar Ponies. On retrouve ces derniers pour un « Farewell, farewell » généreux, qui les voit transfigurés en chantres folk-rock héritiers de Fairport Convention.
La compilation présente deux inconnus totaux. Directorsound en est un (Plinth est l’autre). Son instrumental un peu anecdotique, « theme from hythe mill », est joué sur trois pistes, tambourin, guitare électrique nostalgique des sixties et guitare acoustique désaccordée.
+ Le « No more rides » de National Park est humble et touchant, une guitare électrique étouffée et timide, une batterie à peine audible, le tout pas loin de Norfolk & Western ou de Galaxie 500 additionné d’un chant émotionnel retenu. Vers la fin du morceau le ton augmente crescendo, mais reste toujours admirablement maintenu. Un des grands morceaux de la compilation qui laisse entrevoir des territoires où l’on rêve de s’établir pour un album entier en boucle.
+ Plinth est un duo du Dorset jusque là réservé aux cassettes, l’une d’elle est atterrie chez Geographic et l’un des morceaux a fait son chemin jusqu’à la compilation. Bien lui en prit, l’instrumental « Bracken » est une respiration qui apporte une de cohérence de plus à ce disque réservé aux après-midis vaporeuses.
+ « Outro » est une relecture, réécriture, du morceau introductif, signé Kevin Shields. Le leader de My Bloody Valentine, incapable de donner une suite au « Loveless » de 1991, a toujours le talent qui lui sort par tous les pores et signe un au revoir condamné à la boucle sur tous les lecteurs cd qui auront l’audace de manger cette compilation. On a la sensation de marcher au bord d’une falaise par brouillard, on croit deviner au loin sur la mer des navires qui croisent, mais rien n’est moins sûr.
« You Don't Need Darkness To Do What You Think Is Right » est un disque à ne pas manquer, tant il est porteur d’une vision forte et unique. Geographic est le témoin d’une scène bien plus vivace, talentueuse, diverse et porteuse de nouvelles émotions qu’on aurait pu l’imaginer. On suivra désormais le label et pas mal des musiciens ici présents avec une bien plus grande attention que précédemment.
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