Intercontinental est un label parisien, héritier du mythique Orgasm Records, qui s’était jusqu’ici limité au vinyl avec des sorties des Gel ou Acetate Zero entre autres et l’organisation de concerts on ne peut plus pointus.
Cette compilation présente leurs premiers pas dans l’ère du CD. Septante deux minutes qui réussissent à mettre en place une certaine homogénéité, dont la photo de couverture pourrait être le fil conducteur idéal.
Pas de réels grands chocs sur ce disque, pourtant le lot de noms sur lesquels il faudra enquêter, quelques confirmations du bien qu’on pense de certains, quelques bijoux inédits mais également le lot habituel de demi-mesures - question de subjectivité - et pas vraiment de pépites à écouter en boucle.
Commençons par les bons à très bons.
1 : ‘From hier to 4-eva’, de Berg Sans Nipple, duo formé par l’ancien batteur de Purr ( en hiatus prolongé actuellement) et un musicien américain, Shane Aspegren qu’on a déjà croisé auprès de Lullaby For The Working Class entre autres. Plage post-rock, en rien novatrice, mais réellement plaisante et agréable avec son harmonica et qu’on situerait quelque part entre Scenic et le Tortoise de ‘Millions Now Living Will Never Die’
3 : J’ai failli ne pas dépasser l’intro énervante du ‘Here I am’ de El Boy Die. Mal m’en aurait pris, ce qui se trouve derrière les premières quarante secondes est un petit perle country-folk. Cela reste difficile de juger de la qualité réelle sur trois simples minutes, mais El Boy Die est un nom de cow-boy à conserver sur fiche pour vérification future, une fois qu’un disque sera disponible.
5 : On est très heureux de retrouver Julie Doiron, en duo avec Herman Düne, sur ‘Have you seen the moon?’, car on risque de ne plus entendre parler d’elle avant un petit temps vu qu’elle va laisser sa carrière musicale de côté pour s’occuper de ses trois enfants. Charme intact de la dame dont on ne saurait trop conseiller, à nouveau, la discographie complète, de ‘Broken Girl’ à ‘Heart & Crime’ en passant pas ses années au sein Eric’s Trip.
6 : C’est l’Encre que l’on aime sur ‘Shannon’, c’est à dire électronique et sans sa troupe de musiciens live. Un morceau sur lequel est crédité un sample de Movietone mais qui aurait sans doute plus à voir avec Third Eye Foundation. Bien mais pas non plus exceptionnel.
7 : Rien à dire du ‘All is new glow’ d’Empress en roue libre, - piano minimaliste, quelques sons de guitares et d’électronique et la voix discrète et touchante de Nicola - mais encore une fois quelle roue ! Fans nostalgiques des vieux disques de Hood et Low, établissez-vous chez eux. On espère toujours voir venir de leur direction, l’album définitif, à force de les croiser et recroiser encore de compilation en compilation. Sentiment de dispersion.
8 : Acetate Zero, grandiose encore, maîtres de la meilleure post-pop fragile qui puisse être, avec un ‘I defy anyone for anything’ où le chanteur à fait de conséquents progrès en chant depuis l’album ‘softcore paradise’. Can’t wait for their new lp! ‘Ground Altitude’. Out soon on Arbouse Recordings. On en reparle dès que. Dans une semaine ou deux.
9 : ‘Interlude for Benjamin Britten arranged by Dan Sullivan’ par Nad Navillus, où une invitation à filer le plus vite possible se plonger dans leurs album sortis sur Jagjuaguwar. Instrumental à la guitare qui ne sombre pas pour autant dans l’imitation de John Fahey, presque rien mais quelques accords qui tiennent debout, accroché à des fils imaginaires tes des pendules.
12 : On ne connaît rien de Maelström – en fait un projet solo -, mais leur ‘Un oeil dans les orties’ nous laisse entrevoir des petits frères instrumentaux d’Acetate Zero. Manque peut-être un peu de maturité musicale et un travail de production plus approfondi, mais on voudrait vite en entendre plus. Une démo existe, l’enquête est lancée, bientôt si tout va bien plus d’infos…
14 : S’il faut une – la – découverte, ce sera Clair, avec leur ‘Escapism’, chanson lente et planante quelque part entre Acetate Zero et Playdoh.
17 : A l’écoute du ‘Mother eating's child placenta‘ des Irlandais de Joan of Arse je me sens coupable de ne pas avoir prété plus d’attention à leur discographie. Superbe morceau héritier de Palace, Codeine ou Songs Ohia, en plus électrique et à mille lieux du moindre plagiat, atmosphères et esprits vraiment personnels et uniques.
18 : Les défunts Un automne à Lob-Nor terminent la compilation comme elle a commencé, dans le post-rock, avec ‘Damaïwan’. Si dans l’intro on avait évoque le nom de Tortoise c’est celui de l’autre mythe qu’on va sortir maintenant, Labradford. Il y aura certainement encore de grandes choses à entendre via les side-projects nés de leur split.
Terminons par ceux qui ne m’ont pas convaincu, mais là aussi c’est affaire de subjectivité:
2 : L’insupportable ‘Riding w/the Silver Jews’ de Kungen – side project de Herman Düne -, qui rappelle plus les heures peu glorieuses de le new beat belge qu’une quelconque tentative indie/groove/electronica/trip-hop.
4 : David Westlake, ‘Take me to your heart’ est un ex-musicien de Luke Haines qui s’est aussi empêtré un temps dans l’aventure Sneaker Pimps. Rock song retro. Bof!
10 : Piano + voix féminine, la Japonaise Li-Lund avec ‘Street Cat’. On pense évidemment à certains stéréotypes indie du genre, Cynthia Dall, Tare Jane O’Neil ou 1m54. Le niveau atteint ici ne semble pas suffisant mais impossible d’avoir un avis définitif sur une seul morceau. Donc bénéfice du doute.
11 : Avec son ‘Nature/Treason’, très classique folk rock, Schaefer peine à réellement convaincre tout au plus laisse un doute mais sa chanson n’a rien d’original ou de réellement touchant pour elle.
13 : Quelque part entre Pavement et Tom Waits, le ‘A warning against such optimism (acoustic version)’ des Sheeloves passe la rampe sans vraiment marquer des points et peine à ressortir de la compilation n’ayant rien de vraiment spécifique.
15 & 16 : Je n’ai pas été capable d’écouter le ‘If you care to care ‘ de Ben Haschish en entier, le chant nasillard et l’atmosphère générale m’étant trop oppressante et désagréable. Même problème pour le ‘Twinned’ de Satan's Fingers. Il est utile de signaler qu’il s’agit de deux side-projects de Herman Düne et que après de multiples efforts j’ai perdu espoir d’un jour réussir à apprécier leur musique.
Au total, onze des dix huit morceaux de cette compilation française valent qu’on s’y intéresse, une bonne façon de découvrir toute une scène à travers un point de vue et un regard pointu et unique de gens totalement impliqués.
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