‘Starving But Happy’ est une compilation mp3 only, téléchargeable gratuitement, réalisée, mise en ligne et conçue par deux jeunes musiciens électroniques, l’un Belge, Nicolas Saez, l’autre Allemand d’origine espagnole, René Margraff.
L’idée a été de se concentrer sur des artistes ‘indietronic’, quelque part entre électronique et indie. Après écoute attentive, un seul bilan, mission parfaitement accomplie. Ces quinze titres, en provenance pour la majorité de parfaits inconnus sont comme un immense vent de fraîcheur et d’innovations qui nous traverse.
Le disque présente une très forte cohérence sans réels passages à vide. Tous les morceaux ne sont pas spécialement originaux mais il y a une vitalité d’ensemble.
On ne peut même pas dire que la balance penche plus fortement du côté de l’électronique ou du côté ‘indie’. Ce qu’il y a c’est qu’on trouve ici beaucoup de sensibilité, de douceur et de luminosité, quelques aspects ludiques aussi, mais ils sont surtout une façon comme une autre d’introduire du dynamisme. Un disque simple, accessible, brillant et enthousiasmant de bout en bout.
+ D’entrée, .tape (Espagne) met la barre très haut, un ‘my dirty glasses’ qui s’abonne lui-même à la touche repeat, comptine mélodique et dynamique, courant de poésie comme si soudainement se mettaient à tomber, nombreux et drus, les flocons de neige que l’on attendait tant.
Melikka (Espagne), avec ‘ocio’ rentre un peu trop dans l’idiome IDM tel que défini par Warp ou Rephlex pour réellement imprimer autrement qu’en blanc sur blanc. Guère autre chose qu’un exercice de style. Contrôle fait sur sa page mp3.com, ses autres morceaux de bedroom lo-fi sadpop sont eux d’une toute autre trempe. Go there!
+ Derrière Finish Your Meal ! on retrouve le Bruxellois Nicolas Saez, une des deux personnes à l’origine de cette compilation. Un ‘I can say you do !’ electro-pop assez dans l’esprit Darla Records. Léger, synth-pop et minimaliste.
+ On retrouve Motodestra (UK), avec une version alternative d’un des sommets de son premier album, ‘flow (era)’. Impeccable, génial, bougez ciel et terre pour mettre le main sur son premier album !
Kunstner5 est le projet électronique d’un jeune Danois par ailleurs derrière le webzine Electraum. ‘das birth’ est un peu froid et indistinct. On peut y entendre dans le fond les cris de bébés souris.
On traverse l’Atlantique, direction Canada, avec les terres gelées de Kimonophonic et les cristaux de glace de son ‘how to write a novel in english’. On file ensuite en Suède avec Lars Blek : sur les étendues gelées de ‘om det skulle regna’ se déplacent des nuages de brumes givrantes.
+ Intenable, I am Robot and Proud (Canada) a une longueur d’avance sur tout le monde, maîtrise absolue de rythmiques mélodiques qui filent dans tous les sens. Un ‘cedar street’ qui se dévore dans l’extase.
An Analogue Hamster (Espagne) prend le relais et son ‘sleepy n girl’ semble le compagnon initial d’une sieste. On ferme les yeux.
Le ‘staubfussel’ laisse entrevoir une certaine complexité et ampleur chez Ckid (Allemagne, projet de René Margraff, seconde moitié d’organisation de cette compilation), mais, au jeu de l’équilibre, ne monte pas suffisamment haut pour soutenir nos attentes d’émotions. Un peu de la même manière, Blue Sky Research (UK) avec son ‘strawberry’ montre beaucoup d’énergie et de vivacité, mouline dans tous les sens, mais néglige de ménager un espace de paix et de fragilité.
Quand Ckid fusionne avec Finish your Meal, c’est pour devenir Anorak. ‘Little Closed Road’ est de l’electro pop, jolie mais pas suffisamment mélodique ou troublante que pour marquer durablement. Il faudra voir sur d’autres morceaux.
+ Heidi Hazelton (Canada) sera l’exception de la compilation, car d’électronique il n’est pas question ici. Une guitare folk discrète et une voix qui l’est tout autant, pour un ‘webster's unseamless ride’ lo-fi qui passe comme une caresse du vent.
On zappe aussi vite que possible les tentations expérimentales vaines et épuisantes de Nobler Bees et de son ‘princess yuki walking’.
Satellite Grooves et son ‘sunshine for a trembling blue star’ termine la compilation avec son électronique ambient réglementaire.
Un seul mot d’ordre, download, burn, listen and spread. ‘Starving but happy’ a l’intelligence de faire pour nous un état des lieux intelligent sur une certaine scène musicale ultra-prolifique entre indie et électronique. Ce serait bête de ne pas en profiter.
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