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model a - i saw it in a picture
model a
i saw it in a picture
self-released
2004
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raw translation

: recommandé par dérives
‘I saw it in a picture’ est l’un de ces disques aux apparences simples mais qui révèle une richesse extraordinaire. Il s’agit du premier album autoproduit d’un jeune Américain, Alan Foreman. Songwriter indiepop derrière lequel on retrouve le calibre d’un Isaac Brock (Modest Mouse), d’un David Kilgour (The Clean), d’un David Berman (Silver Jews) ou de l’Elliott Smith des débuts. Autrement dit, on découvre ici quelqu’un qui a un talent et un potentiel bien au-delà de l’ordinaire du genre et qui devrait rapidement croître en notoriété.

Sa musique ne se résume pas non plus à ces références, Model A possède son propre univers et c’est bien pour ça que l’on peut jubiler. Le plus étonnant est pour commencer que Alan Foreman est derrière toutes les manettes, multi-instrumentiste, songwriter et ingénieur du son seul sur son île. Cela revêt un caractère plus recueilli et intimiste à son univers mais c’est surtout signe d’une solidité à toute épreuve, Alan Foreman est un roc, un tueur en diraient d’autres. Au grand jamais, on ne pourra targuer son disque de lo-fi. Il est forcément héritier de cette génération mais profitant des capacités modernes du homerecording il en a laissé de côté les tares.

On imagine très bien Alan Foreman atterrir sur un label indie d’importance tant les qualités de ce disque conduisent à l’enthousiasme et à la sensation de faire face à quelqu’un qui a de la densité, de l’épaisseur et surtout beaucoup de talent. Surtout en outre que ce ‘I saw it in a picture’ est avant toute chose une série de tubes indie rock calmes ; ‘Sicker than you’, ‘All i take in today’, ‘New Rochelle’, le trio d’entrée laisse sans voix. Mais pas de ses chansons formatées accrocheuses, non, plutôt de celles, pas convaincantes à la première écoute mais qui font leur chemin par la suite et s’imposent de plus en plus, en tant que hits du quotidien sur le long terme, tellement qu’on se met déjà à espérer pouvoir assister un jour à une prestation live du nouveau phénomène.

L’avenir devra le prouver, mais ce que je ressens ici n’est pas tellement différent des sensations que j’avais en découvrant les débuts de Pavement et Modest Mouse. C’est du grand art et on en revient toujours et toujours au fait que Alan a tout enregistré seul même si à l’oreille on jurerait presque avoir affaire à l’alchimie d’un groupe. En quatrième position il décoche la chanson, le tube, ‘In the process of knowing nothing’, du Modest Mouse aussi tranquille que pouvait l’être le Pavement des débuts ou l’inverse. Ca continue alors, ‘Gathering thoughts’, ballade plus ombragée mais à la rythmique aussi chancelante que victorieuse. ‘Slow nerve action’ est encore une de ces chansons qui met les voyants au rouge, rien de très novateur, mais Alan Foreman tient très fort le flambeau de ce style qui a fait les grandes heures du label néo-zélandais Flying Nun avant de faire les grandes heures de l’indie américain. Un peu d’électricité sur le noisy et nerveux ‘all right to be stale’ puis du synthé sur le mélodique, génial et sensible et encore une fois très réussi ‘Inside there’s a quiet’. Cette guitare électrique qui occupe alors les devants est simple et juste parfaite.

Beats et nappes de guitares inversées sur ‘Stars burn out’, comme du Modest Mouse qui se glisserait sous un duvet au milieu d’une clairière par une belle nuit étoilée. Ce morceau est à tomber à la renverse.

Cette sensation de force tranquille se poursuit, ‘fill these cans’ plus nostalgique entre beats, xylophone et guitare acoustique. Perle mélodique à la Elliott Smith – et mieux encore -, ‘Everything happy’, suscite la joie une fois encore. Le seul reproche que l’on pourrait faire à Alan sur ce disque est peut être de ne jamais se lâcher complètement, mais il aura l’occasion de le faire par la suite. Son songwriting est toujours magiquement retenu, posé à la perfection. La fin de cette chanson avec ses « papapa » est d’ailleurs juste parfaite.

Un instrumental nocturne plus loin, ‘Sleepy city’ et Alan Foreman ajoute deux perles, ‘Hello, Hello’ et ‘Reason’, l’un plus classique / guitare voix et l’autre plutôt ambitieux, batterie, basse, guitare et vocaux planants, avec une dimension laidback presque slowcore.

Model A signe ici un premier album qui fait preuve d’un talent et d’une écriture exceptionnelle. Peut-être pas férocement original, Alan Foreman s’impose pourtant par sa profondeur, sa justesse et sa rigueur.
didier goudeseune 19 Sep 04
 
 

 
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