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kraus, sharron - songs of love and loss
kraus, sharron
songs of love and loss
camera obscura
2004
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raw translation
http://www.cameraobscura.com.au
http://www.sharronkraus.com/
: recommandé par dérives
Pour bien comprendre ce disque, une première approche peut être l’observation de sa pochette et surtout de ses illustrations. On y trouve une série de personnages déguisés : l’un est pendu par un pied avec un crane d’oiseau sur la couverture, avec un masque de lapin en pleine nature dans le livret ou encore une photo ancienne en noir et blanc avec quatre acteurs aux costumes bigarrés faisant probablement partie d’un cirque. Il y a donc chez Sharon Kraus une attirance pour ce théâtre déguisé, où hommes et animaux se confondent à moitié.

On trouve également deux illustrations et une très vieille photo aux consonances moyenâgeuses et sombres : la photo d’une vieille tour entourée d’arbres hivernaux, un dessin représentant trois femmes (probablement des sorcières) pendues toutes les trois à un même gibet, ainsi qu’une allégorie où une nuée de corbeaux charognards s’acharnent sur un champ de désolation de squelettes humains.

Troisième et dernier élément, deux photos en noir et blanc de Sharron elle-même, simples et dénudées, un portait et une autre face à un mur de jardin, qui auraient très bien pu être prises, il y a un siècle.

Cette triple perspective est une bonne façon d’appréhender ce disque. Sharron Kraus est une jeune Anglaise plutôt nostalgique d’un certain passé lointain mais qui sait en prendre ses distances tout de même et aborder sa passion comme un jeu créatif tout en étant bien ancrée dans sa propre époque. Ce n’est donc pas une surprise qu’on lui connaisse des amitiés et relations avec une partie de la scène new weird america : Espers, Jack Rose, Fursaxa, Scorces ou Black Forest / Black Sea. Jeffrey Alexander participe même à l’album. Sharron Kraus aborde donc un certain passé mais avec une démarche de l’avant. ‘Songs of love and loss’ n’est donc pas un disque folk pour puristes et nostalgiques, c’est plutôt un jardin secret, dangereux, où il convient d’avancer prudemment.

Sharron joue un rôle, conte des histoires qu’elle a écrites et ne s’y révèle directement que peu, mis à part via ses passions qui la font vivre. Elle paraît ici moins fragile et nostalgique que sur le premier album, plus aventureuse et certaine d’elle-même. ‘Songs of love and loss’ est donc un territoire à découvrir, un peu de la même manière que l’on aborde les disques de Greg Weeks. Si son premier disque me faisait penser à ceux de Alasdair Roberts, celui-ci la voit s’avancer quelque peu vers les sphères d’expressions vives d’un Martyn Bates. La dimension littéraire est aussi plus forte ici.

Ce disque elle l’a enregistré chez elle à Oxford et dans un studio de la région des Costwolds. Il suffit de faire une recherche image de ‘Costwolds’ pour se rendre compte d’une adéquation entre les paysages bucoliques et les vieilles maisons authentiques de cette région et la musique de Sharron. Elle a pu réunir autour d’elle un noyau de musiciens talentueux, qui accompagnent ses talents de multi-instrumentiste : guitare, banjo, clarinette, piano et percussions. Jane Griffiths joue du violon et de l’alto, Jon Fletcher est à l’harmonica, à la guitare et au banjo, Colin Fletcher à la basse, Jon Boden et Giles Lewin au violon.

‘Songs of love and loss’ n’est pas le disque qui s’écoute par hasard sur l’autoradio ou en bruit de fond, il nécessite un investissement et une attention plus élevés. Le livret reproduit les lyrics sombres poétiques et imagés, invitation à une lecture parallèle à l’audition. Ecouter Sharron Kraus c’est avant tout entrer dans un univers complexe, ancien et riche, entrer dans une sorte de tradition séculaire de forêts sombres, de demeures austères en pierre et d’esprits troublés par des questionnements existentiels. Bel album.
didier goudeseune 10 Oct 04
 
 

 
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