A l’écoute de ce second album de Oddfellows Casino, je pense pas mal à l’étincelant troisième album que les Anglais de Moose sortaient en 1996 : ‘Live a little love a lot’. Chez les deux formations, on reconnaît une sensibilité indie et mélodique, mais surtout une grande passion pour une époque révolue, celle des sixties et seventies de Robert Wyatt, Tim Buckley, des Beach Boys et Byrds.
Identiquement il y a cette attention de ne pas tomber dans le rétro et la nostalgie. Aux petits accents shoegazer de Moose correspondent ici quelques discrets éléments post-pop, de même que l’un ou l’autre discret arrangements électronique. Les deux formations semblent surtout obnubilées par la volonté d’élaborer quelque chose de féérique et authentique. Dans les deux cas, la réussite et totale.
Pour David Bramwell, tête pensante de la formation, il s’agit ici d’un doublet puisque son précédent et premier album avait déjà des allures plus que certaines de chef-d’œuvre. Bizarrement si ce nouveau disque s’appelle ‘Winter Creatures,’, les ambiances seraient mêmes plutôt estivales, baignées d’une douce lumière aux effluves psychédéliques et bucoliques. Un membre de Stereolab vient lui prêter main forte, Simon Johns, à la basse et à la batterie, de même que quelques autres musiciens précieux, à la clarinette, à la trompette, aux chœurs, à l’orgue ou au mellotron.
La seule chose qui égalise la grandeur de ce disque, c’est sa discrétion assez peu compréhensible face à sa qualité. Nul doute déjà que l’on puisse y revenir dans dix ou vingt ans, qu’il aura gagné en plus une aura mythique. Mais quel gâchis de voir un talent pareil méconnu ! On a juste peur que David se lasse de ces faibles retours, en même temps on est très heureux de ces bonheurs secrets, de ce paradis originel aux eaux pures et à l’air frais. On se remplit les poumons, on hume les parfums d’une nature pure, toutes narines ouvertes. L’intérieur du livret, estival à souhaits, est à ce titre d’une beauté palpitante, et la photo de David à l’intérieur est l’une de celles dont on se souviendra pour le restant de nos jours.
‘Winter creatures’ est donc un faux album hivernal et la photo de pochette en noir et blanc, minimale, une double tromperie. Pourtant ça ne devrait servir à dissuader personne de se jeter à corps perdu dans ce chef d’œuvre de finesse et de subtilité.
Ecouter Oddfellows Casino, c’est comme s’enfoncer dans les ruelles d’une villes ancienne une fin d‘après-midi d’été et à force de dérives, arriver dans un quartier reculé aux multiples jardins fleuris, aux petits étangs graciles, se reposer sous l’ombre fraîche d’arbres fruitiers, cueillir quelques prunes et groseilles, puis continuer notre route dans un état de plénitude souriante rare.
Il est absolument terrible et stupéfiant ce disque, le chant de David a comme des vertus hypnotiques, évoque les impressions de flous que le soleil crée lorsqu’il est à son zénith et que des couches d’air fines et de températures différentes se mélangent donnant l’impression d’une magie mystérieuse à l’œuvre. C’est cette même magie sixties ou seventies que Oddfellows Casino nous offre aujourd’hui mais avec une limpidité et une pureté de production belle et bien actuelle. Un disque indispensable.
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