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oddfellows casino - yellowbellied wonderland
oddfellows casino
yellowbellied wonderland
pickled egg
2002
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raw translation
http://www.oddfellowscasino.org
http://www.pickled-egg.co.uk
: recommandé par dérives
David Bramwell n’aurait pu qu’être un songwriter anglais de pop orchestrale et admirablement arrangée de plus. Tous les instruments et ingrédients sont là. Sauf qu’il n’a jamais du se remettre de la découverte des disques des Red House Painters, Talk Talk, Nick Drake, Scott Walker ou Robert Wyatt.

Il a vu la lumière, comme on pourrait dire, sauf qu’en raison de la bêtise de l’essentiel de la presse rock anglaise, NME en tête, il est resté plongé dans l’obscurité la plus profonde. Même le web semble ignorer complètement ou à peu de choses près l’existence du-dit phénomène. Une recherche de « oddfellows casino yellowbellied wonderland » sur Google ne fournit en effet que dix-sept petits et maigres résultats.

Affolant, d’autant plus quand après une dizaine d’écoutes scotchées en boucle, ‘Yellowbellied wonderland’ s’offre peu à peu dans toute sa splendeur et ses mystères. Premier album pour David Bramwell et ses comparses, mais pour autant le gars ne serait pas néophyte et aurait déjà évolué dans les volutes du label Shimmy Disc de Kramer. Il y a pires antécédents que d’avoir côtoyé celui à qui l’on doit quelque part la découverte de Low et Galaxie 500.

Allons-y tout de go, ‘Yellowbellied wonderland’ est une pure merveille, pas forcément révolutionnaire ou originale dans ses parties, mais férocement unique dans sa totalité, dans le sens où David est un songwriter préservé qui semble avoir réussi à trouver sa maturité musicale sans jamais à aucun moment sombrer face aux tentations d’un succès facile qui a du pourtant maintes fois tenter de l’attraper avec les attributs qu’il offre.

C’est qu’il y a plus d’une beauté terrible ici, surtout une qui surpasse et aurait bien pu suffire à une béatification immédiate s’il avait bien voulu jouer à fond le jeu de la promotion, du bluff et de la provocation sur un label moins intègre et aucunement intéressé que Pickled Egg. Quelque part, ce ‘Yellowbellied wonderland’ est donc également la réussite de la démarche d’un label, la preuve que la bonne voie a été suivie et maintenue. C’est un de ces disques que l’on pourra épuiser amoureusement jusqu’à la moelle, fait pour durer, de la graine de classique.

D’entrée, certaines similitudes entre le chant de David et celui de Mark Kozelek, chanteur des Red House Painters, sont frappantes, mais aucunement gênantes car la voie suivie ici n’est jamais celle du slowcore ou de la dépression à tout vent. C’est plutôt une collection de paysages mélodiques ralentis, une promenade de remise en forme émotionnelle, pour laquelle le credo serait plutôt un savoir-faire hérité des sixties, plus Beach Boys, plus Love, plus Scott Walker que simplement post-rock ou indie.

On démarre avec le beau et velouté ‘Road Movie’, utilisant magistralement piano et trompette, entre autres, tandis que le chant domine comme un Marc Kozelek invité au royaume de la pop orchestrale. Ca se déguste comme un thé sucré et chaud alors que le jour décline. Une petite incartade de pop bucolique sixties avec ‘Giant Redwoods’ et son orgue Hammond homologué. Miracle éthéré avec le magnifique et introverti ‘Some Corner Of The Evening’ comme à mi-chemin entre The Clientele et Galaxie 500.

Quelques gouttes de psychédélisme pop pour ‘The Last Great Days’ et deux trois sonorités électroniques comme empruntées en ligne directe de chez Boards of Canada. Poids plume et comptine atmosphérique cotonneuse, ‘In This House’. ‘Put The Bird To Sleep’ est la chanson qui aurait du et devrait encore pouvoir propulser Oddfellows Casino au firmament du succès, car c’est un hit massif, du calibre de ceux qu’on pouvait attendre de Brian Wilson, Love ou Simon & Garfunkel. Dès les premières secondes on est happé et plus jamais relâché.

Une ballade clair-obscure à la Red House Painters, accompagnée d’une flûte à la Appendix Out. De ces derniers, ils pourraient être copains tant ils partagent ce décalage par rapport à l’actuelle scène musicale anglaise et cette nostalgie de paradis musicaux anciens. Un ‘Hide me Joe’ un peu plus dynamique, comme une course dans les bois, une fuite en avant pour ne pas se laisser rattraper par les larmes et la peine, multiplier la distance entre nous et la cause, fuir dans des paysages intérieurs protégés. Superbe instrumental pop, un rien dub.

Un morceau un peu décomposé, à la structure flottante et ensommeillée, ‘The prune faced man and his fat wife’, empreint d’une souffrance de solitude réminiscente des œuvres de Robert Wyatt. Un ‘Swingers’ upbeat et seule plage du disque pour laquelle je développe une certaine allergie, car peut-être trop soft-rock pour moi.‘Ballad of Oddfellow’ clôt le disque sur un ton de danse triste menée à l’accordéon, où des fantômes dansent dans la brume. Beau et inspirant.

Oddfellows Casino réussit un premier album fantastique et incontournable. David Bramwell est un songwriter à chérir et à protéger.
Didier Goudeseune 23 Jan 05
 
 

 
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