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braving the seabed - braving the seabed
braving the seabed
braving the seabed
sun sea sky
2000
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http://www.sunseasky.com/
: recommandé par dérives
Braving The Seabed est un quatuor de Perth en Australie. Ou plutôt était, car suite à des changements de personnel, il a adopté désormais le nom de Minor Ache. Braving The Seabed appartient à cette même scène slowcore australienne inconnue ici mais féconde là-bas que des gens comme Sea Life Park, Rebel Astronauts, Light’s Surprising Constancy ou Art of Fighting, déjà célébrés plus tôt avec ferveur et foi en ces pages.

Ecouter leur album éponyme c’est comme se prendre un uppercut ouaté en douceur. Le quatuor boit aux mêmes eaux que les maîtres du genre et se place en quasi-équivalent des Idaho, Codeine, Early Day Miners ou C-Clamp, avec peut-être en plus cette douceur chaleureuse océanienne qu’on ne retrouve nulle part ailleurs sur la terre. Cet album nous vient par l’intermédiaire du label américain SunSeaSky auquel on doit déjà les disques de Aurore Rien ou le fabuleux split-album entre Midsummer et Coastal.

Si Braving The Seabed s’appelle désormais Minor Ache, le groupe n’en est pas non plus à sa première incarnation. Les réels débuts remontent à 1998 où sous le nom de Glimmer, l’essentiel du groupe avait déjà tourné et sorti un disque. Glimmer lui-même s’était construit sur les cendres d’une autre formation, Caterpillar Now, voilà pour la petite histoire et pour montrer qu’une musique comme ça et d’une telle qualité ne peut se construire du jour au lendemain.

Le quatuor se compose de Kirsty au chant, à la guitare et au violon, de Rob au chant et à la basse, de Mitch à la guitare et de Marty à la batterie. L’atmosphère du disque est calme et apaisante quoique régulièrement tendue et passionnée, dans les plus pures lignes de noblesse du slowcore.

Ce disque est sorti en 2000 mais aujourd’hui, en 2003, il n’a pas encore pris une seule ride et il est plus que temps de l’adopter. On a la sensation à son écoute de trouver ou retrouver un ami, on a l’impression de le connaître déjà, on connaît déjà l’intensité d’intimité qu’on va pouvoir partager avec lui, similaire à celle ressentie avec les disques de Codeine, Idaho ou Sea Life Park. C’est un album qui se déguste en douceur avec lequel on entreprend un long bout de chemin. Un disque de table de chevet par excellence, ou, peut-être mieux encore un disque de voyage, abonné au discman pour de longues traversées en solitaire ou à deux. Le disque de vacances par excellence, histoire de se conserver une bulle intime à travers laquelle brillent paysages et nature.

Il ne faut pas non plus s’attendre à ressentir chez Braving The Seabed le même effet exactement que celui distillé dans le slowcore américain, l’Australie est un autre continent et cela infiltre la musique profondément, à un point où l’on peut quasiment parler d’une scène slowcore / post-rock différente et du coup plus précieuse encore à nos oreilles.

‘Tonight is for sleeping’ en introduction est un morceau fabuleux, chanté par Rob. Un peu comme se balader en pleine nuit sous les arbres et sous la voie lactée, après une journée de canicule, car le sommeil ne vient pas car la peine et la tristesse nous l’interdisent. On erre alors quasiment les larmes aux yeux à la recherche de réponses à l’intérieur de nous-mêmes ou tout du moins d’un peu de répit. Les étoiles ne sont jamais aussi belles, aussi pure que dans ces moments-là, le vol d’une chauve-souris devient d’un apaisement incroyable, comme un signe du destin qui nous porte quelques réflexions plus loin. Batterie, basse et guitares sont terribles ici, aussi intenses que chez Codeine ou les Red House Painters. Le chant de Rob est retenu, un peu à la manière de Idaho, mais perle cependant une certaine chaleur, on entrevoit à travers le timbre de sa voix les grands paysages vides, désertiques et sauvages australiens, une sensation de bout du monde et d’isolement. Chanson énorme.

‘Walking across highrises’ a une intro plus flottante, planante et Kirsty reprend le relais au chant. Il faut quelque temps d’acclimatation à sa voix, moins commune et évidente dans ce genre de musique généralement réservé aux voix masculines. Mais peu à peu le charme s’installe et le mince filet devient corde vibrante sur laquelle on marche en équilibre précaire. On a l’impression de s’élever vers le ciel, les guitares montent et on songe presque à Seam. ‘The air between’ poursuit dans la lignée, en un peu plus atmosphérique et rêveur seulement.

Rob retourne au chant sur le très émouvant ‘A Perfect Silence’ qui après un début en pointillés finit par décoller comme une crise de sanglots qui nous submergerait. Moments forts et bouleversants. Une des pus belles chansons qui soit pour pleurer.

Kirsty au chant sur un ‘the lonesome language’ en ligne droite, à peine animée de quelques courbes où se découpent de nouveaux paysages, mais peu à peu on arrive et dépasse la ligne de faîte et un nouvel horizon se dresse devant nous, quasi saoulant et salué par un beau réveil des guitares. ‘Simple’ s’écoute plutôt couché dans l’herbe, somnolant, à regarder quelques nuages blancs traverser le ciel bleu, avec de nouveau une belle montée en puissance progressive, comme si le vent se levait peu à peu et le ciel se chargeait, annonciateur d’un orage imminent qui nous force à nous relever et fuir vers un abri, tandis que les premières grosses gouttes s’abattent sur nos épaules.

Rob revient au chant sur ‘mapped out in our thoughts’ et nous replonge directement dans des ambiances nocturnes, à mi-chemin de Idaho et des Early Day Miners. On passe alors à un ‘To Sea’ un peu plus obscur où Braving The Seabed tourne peut-être pour la première et unique fois de cet album en rond, manquant de possibles envolées.

L’album se termine alors sur les neuf minutes trente de ‘nervous/being made out’, deux morceaux enchaînés en forme de diptyque, où Braving The Seabed fait une fois encore preuve de son savoir-faire tout en se développant dans cette australian touch. Il est probable que le même genre de morceau joué par un groupe américain aurait fini par s’écrouler sur lui-même ou sembler fade mais il y a une sorte de foi exotique qui fait tenir le tout debout ici.

Cet album éponyme de Braving The Seabed n’est peut-être pas le chef d’œuvre absolu espéré du genre, mais reste un très bon album fortement conseillé à tout fan de slowcore, car les groupe slowcore d’un talent comparable à Braving The Seabed se comptent sur les doigts de la main.

Pour la petite histoire, le groupe s’est séparé parce que Kirsty et Mitch ont eu des jumeaux et sont restés habiter à Perth, tandis que Rob et Marty se sont installés à Melbourne, à l’autre bout de l’Australie. Rob et Marty continuent à jouer sous le nom de Minor Ache, dans la continuité de Braving The Seabed et on peut s’attendre à de grandes choses vu que mes deux morceaux préférés de cet album sont ceux chantés par Rob. On vous tiendra au courant.
didier goudeseune 27 Mar 05
 
 

 
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