Une guitare électrique presque silencieuse, une harpe, un tambourin, deux verres à vin et le chant de Dina Carpenito. Il faut moins de matériel à jerseyturnpike qu'il n’en a fallu à Empress ou Low pour accoucher d'un premier album totalement renversant.
Trente-deux minutes et onze chansons pour ce ‘permafrost’, de jerseyturnpike, duo de San Francisco - mais aupraravant sité à Los Angeles -, formé par Dina Carpenito et Carlo Dean, deux exilés du New Jersey, épaulés d’une harpiste invitée, Jessica Schaeffer. Aux deux artistes précités il faudrait encore ajouter Ida, Coastal et Tara Jane O’Neil pour terminer de peindre le décor. ‘Permafrost’ est d’une beauté terrassante, minimal et retenu, sans excès ni artifices, simplement renversant, comme un sourire, un éclat de rire ou un regard qui font perdre pied l’espace d’un instant.
Fascinant comment dans un espace et un genre cartographiés pleinement, le duo subjugue d’un bout à l’autre, sincère, proche et profondément talentueux. Les mélodies ne sont jamais très appuyées, s’orientant même souvent vers des formes de petites pièces instrumentales atmosphériques, poétiques et cristallines. Un disque de folk éthéré aux dimensions ambiantes et dreampop dont le principal atout est le sentiment de pureté qu’il diffuse. Une limpidité sans failles qui fait de ‘Permafrost’ l’équivalent d’une douche fraîche au terme d’une journée chaude.
La plage titulaire est d’une beauté infinie, un ciel bleu, des massifs fleuris, des parfums enivrants. De délicats entrelacs entre guitare, harpe, réverbération et le chant éthéré de Dina.
Ecouter ce disque, c’est comme quitter le quotidien une demi-heure pour déambuler dans les allées verdoyantes du paradis. Les sons sont toujours magnifiquement intriqués, en notes cascadantes évoquant les méandres doux d’un ruisseau aux eaux pures, glissant au milieu d’une végétation vierge de tout dégât.
Par instants, l’atmosphère va à un recueillement plus mélancolique, un retour sur soi-même où les émotions se font vives sous une surface en apparence recueillie. Les morceaux s’éteignent dans celui qui les suit et naissent du précédent, élaborant un curieux continuum dont le découpage et la structuration ne cessent de nous échapper. Le disque est ainsi composé de plages qui s’intercalent, de I à VI pour les impaires, de a à e pour les paires, ce qui rend toute isolation d’un morceau plus délicat.
‘Permafrost’ se révèle ainsi l’archétype idéal du disque faussement simple et évident. Si jerseyturnpike évolue dans un genre qui peut parfois montrer ses limites au bout de quelques écoutes en boucle, ils ont su y placer des chausse-trappes, des raccourcis et tout un système de pointillés, un dédale d’atmosphères impressionnistes qui font qu’au contraire de la lassitude, c’est un émerveillement croissant que suscite l’écoute approfondie et répétée de ‘Permafrost’.
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