Réalisée par Cyril Caucat, l’homme derrière Arbouse Records (Eglantine, Acetate Zero, etc.), « Bucolique vol1 » joue la figure imposée puisque ont été demandés aux artistes y participant des titres bucoliques, pastoraux. Le thème est en fin de compte peu perceptible, sauf peut-être dans des évocations de campagnes désertes à la périphérie d’agglomérations.
L’autre figure imposée était celle de Cyril Caucat. Comment en effet concilier sur un même disque des styles aussi inconciliables que l’illbient de Twisted Science et l’alt country de Chris Brokaw ? réponse : en les plaçant chacun à une extrémité du disque. On passe ainsi de la totale electronica digitale à de la musique totalement acoustique par l’intermédiaire d’une phase où l’électricité intervient ainsi que des samples naturels. Le continuum a été préféré à la confrontation.
Les deux premières plages me laissent insensible car probablement hors de mon champ d’approches musicales, l’illbient de Twisted Sciene et les dérives glitch de D’Iberville.
Je ne commence à relever l’oreille que sur le très beau « AkkönnKöhk » de Köhn, qui sonne comme un Gaz (la rythmique) perdu dans une nature luxuriante et chaleureuse de samples et rythmiques de cds griffés.
On sombre alors avec Sink, « Iltra » au pays d’un illbient rythmique un peu trop prévisible, agrémenté de nappes à la Pan American.
Mais l’enthousiasme renaît avec l’exceptionnel « flagstop » de Chessie, où pointent leur nez les premières guitares (http://www.plugresearch.com). Couché dans l’herbe on regarde les nuages se déplacer dans le ciel évoquant formes et d’autres et notre regard se perd à travers les frondaisons d’arbres bousculés par le vent. Il y a une force de liberté et d’aléatoire dans cette musique qui la rend formidablement ouverte d’esprit. Une plage que l’on respire à pleins poumons, fraîche et pure.
Samples de percussions orientales (xylophone and co.) agrémentés d’une boîte à rythme assourdie et de quelques sonorité Warp classiques pour l’ « avocet ». Plaisant quoique alangui d’Electric Birds.
L’ « Ecotone » de Bertuf projet solo de Morgan Daguenet, par ailleurs membre de Mil, se révèle vite, lors de ses presque neuf minutes contemplatives, comme un des sommets de la compilation. Campagne ou plutôt forêt brumeuse, premières lueurs d’aubes estivales, rosées, chants d’oiseaux, calme quasi absolu, fraîcheur vivifiante et vent léger qui agite la végétation.
On vient de dépasser la moitié de la compilation, le passage du flambeau vient de se faire entre électronique et post-rock, mais il est ténu.
Le « Zurich Trains » de Rothko (http://www.rothkomusic.co.uk) joue sur des longueurs d’ondes proches de celles de Bertuf sauf qu’ici il s’agit de guitares modifiées et de samples ferroviaires. On se déplace plutôt en plaine le long de voies de chemin de fer. Les yeux se portent à l’horizon défilant d’où émergent des sortes de drones fugaces en légères rêveries hypnotiques.
La pluie tombe sur le « Kekker Rayne Plate » de Kiln, mais on reste à l’abri, derrière une fenêtre embuée ou sous un large parapluie. La dernière partie du morceau, électronique et un rien trop abrasive, déçoit cependant un tout petit peu mais sans effacer complètement la plénitude du reste du morceau.
Autres instants de ruptures avec Hood (http://www.hoodmusic.net), premier morceau chanté, structure concassée, mais même éternelle réussite et sensation d’être en suspension dans les airs, agité par la moindre brise.
Avec le plutôt plaisant « a picture you can’t flash » d’Acetate Zero on devient carrément pop, à mi-chemin de Hood et d’Empress.
Fidèle à lui-même, Billy Mahonie (http://www.billymahonie.com) envahit alors le terrain, « Crevette Le Bandit », course post-rock tendue mais dynamique et fluide pour les premiers accents rock de ce cd.
Le disque se termine avec le folk lof-i de Paloma vis-à-vis duquel je reste insensible, comme du reste de la néo country un peu trop traditionnelle de Chris Brokaw.
Bonne compilation qui balaye donc un large spectre, avec pour moi quelques coups d’éclats signés Köhn, Chessie, Bertuf, Kiln et Hood.
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