Berceau du slowcore au début des années nonante, la Californie n’a depuis pas cessé de nous faire rêver aux confins de la dreampop et de ce slowcore peu à peu adouci et convaincu des bienfaits d’ambiances atmosphériques. Tandis que l’on se délecte des sorties de Dreams By Degrees (San Francisco) ou Pehr (Los Angeles), un nouveau venu fait une entrée fracassante dans ce petit monde de labels intimistes et éthérés qui nous font rêver ici bas.
Si l’album solo de Liam Singer déjà sorti sur ce nouveau label de San Francisco est plus une histoire de promesses de bonheurs futurs que d’accomplissement actuel, cette compilation qui se veut un sampler du futur de label contient plus d’une découverte qui nous laissera le souffle coupé. Pas de doute, ce disque aurait pu tout aussi bien sortir tel quel sur Pehr ou Dreams By Degrees, nous n’y aurions vu que du feu. Rares sont les compilations et encore plus les samplers capables d’offrir une telle homogénéité, qualité et cohérence de bout en bout.
C’est du coup l’occasion de découvrir une poignée de nouveaux artistes réunis autour du flambeau Tell-All et dont on va attendre dès lors avec impatience les futures sorties. Stylistiquement on navigue entre folk intimiste et translucide, dreampop somnolente et ambient contemplatif, le tout avec des petites touches expérimentales, mais qui restent toujours totalement dans le domaine de l’audible et de l’agréable.
Liam Singer propose deux morceaux représentatifs des qualités de son premier album déjà chroniqué ici, au piano vaporeux et rêveur.
Vient alors en deuxième position une pure merveille, le ‘Vermillon’ d’un certain Peter Surla, un instrumental d’une beauté à couper le souffle du niveau du meilleur Coastal et Slowdive, entre guitare éthérée mélancolique, sons de trompettes en nappes, batterie douce et vocalises étouffées. Bouleversant. Tell-All annonce qu’il est occupé à finaliser un premier ep. On en reparlera.
Pure dreampop encore avec 28 Degrees Taurus, mais pas nostalgique ou rétro plutôt terriblement poignante, enveloppée de brumes douces et chaleureuses, centré sur des vocaux androgynes sur ‘Red Skies’, quelque part entre Slowdive et Flying Saucer Attack, troublant et intimiste sur ‘Haven’t I seen you before’ comme du Galaxie 500 plus intimiste et éthéré encore, comme du My Bloody Valentine acoustique, ralenti et bucolique. C’est tellement beau qu’on en a les larmes aux yeux, totalement bouleversé par cette innocence fragile et préservée. Le groupe a déjà cinq disques à son actif. On en reparlera bientôt.
St. Rosa avec son “murder of the president” s’inscrit dans une ligne très voisine de Liam Singer avec piano et chant, mais qui s’avère beaucoup plus aventureuse et ambitieuse à l’écoute, utilisant à merveille distorsion, sons pris de part et d’autres et feedback, pour un résultat très sombre et troublant. On a l’impression de découvrir un univers très particulier, peut-être unique, qu’il faudra explorer en longueur dès qu’un album sera disponible.
One Umbrella est un duo d’Austin, Texas, que le website de Tell-All records décrit très justement comme un amalgame d’improvisations, de mélodies et de noise. Le duo se joue des structures mais reste dans une dynamique évolutive plutôt planante sans pour autant sombrer dans ces volutes de psychédélisme, ni dans la monotonie de drones, tentations qui sont pourtant là à leur tendre les bras. Ce me fait un peu penser aux Goslings. Leur seconde plage atteint les quinze minutes et sert de fin désertique à la compilation. Pas mal mais pas tellement séduisant, ce genre de musique s’évaluant plutôt sur la longueur d’un album.
Un court instrumental mélancolique à la guitare électrique doublée d’une acoustique pour Dave Zohrob, où l’on entend également quelques autres bruits, ceux de l’atmosphère de la pièce où il enregistre. Un début d’intrigue.
Ambient électronique finalement beaucoup plus indie qu’IDM pour The Kallikak Family, projet apparemment solo de Andrew Peterson, un temps membre de The Microphones qui sur son album précédent se voyait comparer à Bright Eyes ou Pedro The Lion sur une moitié des titres pour filer du côté instrumental noise sur l’autre. On semble plutôt être dans la seconde mouvance ici. Tell-All nous réserve sans doute bon nombre de surprises encore à l’avenir.
On touche au sublime également avec le ‘Fall’ de Keith Negley, guitare timide, électronique à l’état de traces et chant apeuré éploré, quelque part entre le Hood le plus minimal, l’Empress des débuts et les morceaux les plus humbles d’un Tim Kinsella. Alors forcément, on signe des deux mains et on prie pour qu’un album entier du même acabit nous arrive un jour. Un nom de plus à retenir.
Finalement c’est Golden Birds (précédemment appelés Carrier) qui semble le plus hors propos sur ce disque avec une belle, simple et directe folk song indie. Le groupe vient de sortir un album en licence européenne sur le label français Paranoïd Records. Rien de bien extraordinaire, plutôt une chanson efficace bien représentative de son style.
Au total, cette compilation introductive de Tell-All records est une bien belle surprise puisqu’elle nous amène à découvrir trois artistes avec lesquels on a dorénavant terriblement envie de faire un bout de chemin : Peter Surla, 28 Degrees Taurus et Keith Negley, sans compter les quelques autres qui génèrent une intrigue certaine. On reparlera de Tell-All record ici. C’est certain.
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