« The Emo Diaries » est une série de compilations éditée par le label américain de Charlotte, NC, destiné à documenter l’évolution d’une certaine scène indépendante emo, fer de lance de la structure.
Il y a une direction et une cohérence profonde à cette compilation. Le label ayant reçu plus de cinq cent candidatures, il était simple de pousser à bout une certaine vision du rock fait d’un sens inné fondamentalement bruyant et punk-rock, exacerbé toujours d’un chant expressif et évidemment émo-tionnel. Il ne faut pas s’attendre ici à découvrir les dernières merveilles indie post-emo, mais plutôt des formations efficaces au charme brut et direct, à consommer sur place, le volume à fond, sans modération.
Tabula Rasa ouvre les débats pour un rock urgent, speedé et noisy qui peine à me convaincre même si l’impression reste qu’il vaudrait mieux découvrir ce disque sur la longueur.
Time Spent Driving ( http://www.timespentdriving.com ) libère alors un joyau, un « Lowlight » désespéré, nu, poignant et puissant qui réveillera plus d’un souvenir de détresse sentimentale adolescente. Tout commence doucement et sous un angle rêveur, un chant aérien qui fait état humblement d’un manque amoureux, « outside i can see your breath. but you're not there. and mine is hardly left… iside i can hear each step. but they're not yours. a sleepless dream at best. ». Tout s’éveille peu à peu, la dynamique s’accélère, l’émotion devient tensions et les guitares s’élèvent, portant aux nues un refrain définitif comme un écroulement sur soi-même : « if i don't want to see you. it's because it hurts too much. all this time spent wondering if i was just a crutch. ». Un groupe à suivre.
Même réussite flagrante pour Before Braille (http://www.beforebraille.com ), un « venom by memory » qui réveille les classiques emo, de Braid à Very Secretary en passant par Firebird Band, additionné d’une petite touche Bob Mould (Husker Duh, Sugar). Before Braille a la classe et on sent le groupe capable de se rapprocher des sphères indie et posthardcore. La piste se joue de toute façon en repeat très plaisamment, révélant peu à peu toutes ses nuances musicales et harmonies vocales. Un album du même calibre, vite vite vite, et Deep Elm aura une recrue que Polyvinyl ou Good Looking Records envieront jusqu’à tenter de débaucher.
Déjà responsable d’un album sur Deep Elm, chroniqué en ces pages, le « racing the mosaic » de This Beautiful Mess me laisse face à l’identique problème d’une voix qui n’arrive pas à me réchauffer et me semble plus new wave qu’emo, plus Suede que Mineral dans un sens.
Le chanteur de Dorian ( http://www.dorianmusic.net ) explore tout le spectre sonore vocal, des chuchotements au chant mélodique, en passant par les vocalises quasi criées emo et les screams. « There Are Many Ways to Get to and from Point A and Point B » est une merveille, d’indie emo rock à guitares, fier et ambitieux, avec un petit quelque chose qui rappelle les Suédois de Leiah, Cursive voir Mineral. Après quelques écoutes on se prend même à chantonner l’irrésistible refrain : « i just want you to know what it's like to be in love with you. i just want you to know what it takes to make these dreams come true. so true ». Ce morceau représente apparemment la première sortie discographique pour Dorian ; on a les espoirs les plus fous pour la suite.
La première minute du « karate mansions » de Halifax Code ( http://www.halifaxcode.com ) joue le jeu lo-fi home recording, intime et touchant. Puis, les grosses guitares s’imposent avec une mélodie à la Sugar qui fonce droit devant, écrasant tout son passage et emportant un chant emo crié. La première minute est un rêve, la suite a un peu trop l’allure d’un rouleau compresseur. Si le projet solo du chanteur, « Turn The Knife » est dans la lignée de cette première minutes, alors on met déjà une réservation sur l’album prévu pour la fin de l’année.
Exception sur l’album, le « Engine Roars Me to Sleep » de Drive Til Morning ( http://www.drivetilmorning.net ) est le projet solo d’un certain Francis Garcia, alt-country émotive, heureusement plus dans la lignée de Damien Jurado, Gram Parsons ou Pedro The Lion que clone supplémentaire de Dashboard Confessionnal. Un album est en préparation sur Deep Elm.
Seven Head Division avec ses quelques tentations seventies – on reste loin de Dead Meadow – me laisse complètement indifférent. Même chose pour Waterpistol avec un « this is what i get », emo-bateau entre Sunday’s Best et Get Up Kids.
The Killing Suspense séduit dans la première partie de son « feel the way i do », directe et dynamique, mais manque peut-être un peu de respirations, ce qui donne une fin de morceau malheureusement étouffante. Two Weeks From Tomorrow passe alors rapidement, plus abonné aux touches forward et skip que rewind et repeat, un « Motorbike » pas inintéressant, mais qui manque sérieusement de limipidité.
La compilation se clôt avec l’étrange « animus » des Italiens de One Starving Day, pas vraiment emo mais plutôt à mi-chemin de Godspeed You Black Emperor, Rachels et du black métal. Au secours !
Trois noms peut-être à retenir sur cette compilation moyenne, ceux de Time spent Driving, Before Braille et Dorian, vrais espoirs emo.
|