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nadig, quintin - anchor details
nadig, quintin
anchor details
self-released
2003
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raw translation
http://www.myspace.com/quintinnadig
: recommandé par dérives
Quintin Nadig entre par les haut-parleurs, traverse la pièce sur la pointe des pieds et s'éloigne à travers la fenêtre jusqu'à s'évanouir dans le flou. Ce disque est une pure merveille d'économie de moyens, de suggestion, d'intimité, de non-dits à exprimer soi-même.

Premier album d'un jeune songwriter de Charleston en Caroline du Sud, qui a grandi dans l'Illinois rural et vécu quelques temps en Alaska. ‘Anchor Details' a le goût des grands espaces vides, des côtes maritimes à n'en plus finir, de ces promenades en solitaire où l'on ne croisera personne. Il a le goût de la pluie salée, ou est-ce déjà ou encore le résidu de larmes à peine séchées ?

La plupart du temps seul avec sa guitare et quelques bruitages, Quintin qui chuchote plus qu'il ne chante, et c'est tant mieux, est également accompagné d'un titre à l'autre par un ou deux musiciens invités au piano, banjo, accordéon ou violoncelle, toujours dans une optique humble et retenue. ‘Anchor Details' n'impose rien, laisse tout à l'état d'impressions, on se plaira cependant à le resituer dans la lignée d'autres songwriters ou groupes comme Hayden (époque ‘Moving Careful'), Kepler, P:ano ou Bedhead.

Rien qu'à manipuler la pochette cartonnée, à en admirer l'artwork, on sait déjà qu'on va quasiment vénérer ce disque. Une écriture tout en mystères et exigeante également, qui ne se révèle pleinement que lorsque l'on s'arrête pour ne faire que l'écouter, toutes oreilles ouvertes, l'âme à l'air libre, prête à chavirer sous les gouttes de pluie.

Difficile d'imaginer meilleures conditions qu'un samedi après-midi sombre et pluvieux de premier novembre pour se laisser aller à la description des textures émotionnelles de ‘Anchor Details'. ‘Stiletto heels and a bulletproof vest' s'ouvre sur un bruit de pluie et par un raccourci spatio-temporel. Impossible de ne pas se rappeler du sublime ‘Moving Careful' ep de Hayden qui baignait dans les mêmes eaux. Quelques sons de piano, le bruit lointain d'une voiture sous la pluie de temps à autre, la guitare tenue et le chant détaché de Quintin. Le morceau ne tient pas à grand chose, comme une brume en suspension dans les airs, mais tient quand même ce qui est des plus remarquables grâce à cette écriture impressionniste, au total impressionnante. On a même intérêt à écouter ‘Anchor Details' au casque, en marchant sous la pluie, résultat grandiose assuré.

‘Apologists' qui suit est une bombe, annoncée et confirmée. Un « one, two three, four », suivi d'une guitare acoustique qui s'envole comme chez les Red House Painters, d'un violoncelle digne de Carissa's Wierd et d'un chant intime aérien qu'on croyait propriété privée de Chuzzlewit. C'est beau, terriblement beau à en défaillir pour l'éternité . : “you are the apologist, I'm the one with the matching shirt, sing the song in stereo, the one that breaks my heart for a while…”.

Un peu tourneboulé, on s'éclaire d'une bougie le temps de ‘st. mawr'. L'orage a endommagé les poteaux électriques en renversant un arbre, juste une guitare, une voix et une alchimie qui trouble. ‘…The ocean is not forgiving like your smile, my soul is hungry fro the freedom, my thoughts are the silver tides searching for shores to disappear into'. On finit l'audition de ‘life boat #3' frissonnant.

Un chroniqueur anglophone comparait le banjo sur ‘nocturne' aux bruits que font de grosses gouttes d'eau lors d'une averse lorsqu'elles tombent sur un toit métallique. Une chanson comme pour s'abriter une nuit d'été sous un hangar tandis qu'il pleut dehors, s'abriter, remettre un pull, attendre que cela se passe et essayer de démêler sa mélancolie.

Banjo, violoncelle et guitare sur ‘like when we were courting', probablement la plage la plus diurne et épanouie, même si au lieu du flou et à l'ombre, on n'affronte qu'un éblouissement estival au résultat similaire. S'asseoir en plein soleil près d'une fontaine, Quintin Nadig partage ici certain de ses plus beaux instants, comparables à ceux capturés un jour par ses lointains cousins de Ida. Et les paroles sont terribles: ‘twilight settled down tired eyes closed labored hands falling like winter into spring can you hear me I love you antemeridian slowly unfolding stars and their wishes hide the sunlight chase me again through grant park around the fountain and into your arms I can feel you along the Mississippi the river bends and flow on you…'.

Il y a alors quelque chose de plus sombre et douloureux dans ‘ketchikan', des sentiments ruminés et une sensation d'impasse. Mais bientôt on reprend la voie des airs avec ‘safe harbour', à la façon d'un papillon nocturne. Une petite ballade à la Red House Painters, ‘let's never lose it' pour pleurer un peu: ‘I won't forget weightless summers and meteor showers'.

Banjo et piano pour une mélodie endormie à la Bedhead sur ‘belay my last'. Il est temps alors de se quitter après une reprise instrumentale de ‘lifeboat #3' où l'accordéon se laisse aller en nappes qu'on dirait presque drones et où la guitare répète hypnotiquement les mêmes notes à l'infini.

Quintin Nadig est une des immenses découvertes de 2003, un premier album aussi discret et timide que convaincant. On est déjà certain que dans le futur on partagera encore du chemin avec lui.
didier goudeseune 12 Jul 05
 
 

 
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