The Kallikak Family, projet de l’Américain Andrew Peterson, emprunte son non à une étude pseudo-scientifique américaine du début du 20ème siècle aux relents d’eugénisme. Il s’agit du deuxième album de la formation, mais à la différence du premier opus, ‘The Vineland Social Maturity Scale’ celui-ci se dispense de morceaux folk mélodiques chantés pour se concentrer sur une approche instrumentale et ambiante, à grand renforts de field recordings pour accompagner orgues, claviers, manipulations de samples vocaux, sons électroniques, breakbeats et guitare acoustique.
‘May 23rd 2007’ se bâtit également autour d’un concept, l’histoire d’un homme persuadé qu’il perdra la vie à cette date là. Mais tout ceci ne s’impose pas car rien ne l’indique sur la pochette, ni à travers des lyrics absents de toute façon. S’il faut rapprocher The Kallikak Family d’un autre groupe alors on évoquera peut-être des gens comme Collections of Colonies of Bees, Third Eye Foundation, Alejandra & Aeron ou The Books, à la différence que ce qui est exhalé ici est une plutôt une forme de mélancolie parfois délétère, parfois mélancolique, toujours introspective et monotone, négligeant tout éclat, préservant l’instant, finalement moins alien que ces autres formations car plus intimiste ou plus porté sur le recueillement et la méditation tels ces adeptes des musiques nouvelles hébergés un temps sur le catalogue du label Made To Measure.
Bref, ‘may 23rd 2007’ ne se consomme pas comme le disque indie habituel de ces pages, cependant laissé en bruit de fond ou écouté attentivement au casque, il se révèle réellement passionnant et enthousiasmant, révélant une grande ouverture d’esprit et des dimensions intérieures accueillantes. Bien sûr écouter ce disque a plus à voir avec le séjour dans un caisson d’isolation qu’avec le rapport social, mais on ne s’ennuie pas, rien de tel que de l’écouter les yeux mi-clos somnolent, accroupi dans le calme d’une journée vide et solitaire ou à travers les rues anciennes d’une petite ville vide et isolée.
Au-delà de son thème, le disque n’a rien de morbide vu que notre propre fin est d’une façon ou d’une autre programmée. Plutôt qu’un disque sur la mort c’est plutôt une œuvre sur cette vie résiduelle, sur ce temps vital non utilisé, ces entre-deux, ces attentes, passages et transferts où les préoccupations sont divagantes, mouillées de cette mélancolie terne, bouche amère et yeux bas.
Peu de gens dépeignent ceci et cela rend The Kallikak Family d’autant plus précieux. Mis à part Andrew Peterson, un temps bassiste de The Microphones, participent à cet album en contribuant aux field recordings une certaine Azure Akamay de Bergamo (Italie) et Andrew T. Royal de Chicago. Cependant, Andrew Peterson de son KG à Portland, Oregon, reste l’artisan éditeur et concepteur des climats sonores.
Ce disque a donc comme principal intérêt de nous dépayser et de nous faire rêver, un voyage tel un ressourcement, une retraite où l’on prend de la distance pour poser certaines décisions et entériner des coupures, une dérive qui nous fait comprendre le prix et l’importance de l’essentiel, nous fait goûter du bout des lèvres à une certaine transcendance.
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