‘Ray of youth’ est le genre de ep qui aurait pu sortir tel quel sur le netlabel Sundays in Spring : printanier, apaisé, mélancolique, lumineux, folk et intimiste. On retrouve en transparence la même tristesse chaleureuse et gracieuse que chez Owen, les Red House Painters ou encore Blueboy. Si la forme folk n’atteint pas le même degré de complexité que chez ces deux-là, au point de vue fond, tout y est et je me retrouve à écouter en boucle ces quatre titres dans un état d’extase.
Broken Flight est semble-t-il un duo de Melbourne formé par Chris Lynch (guitare et voix) et Pete Boyd (guitare et effets). Sur ces quatre titres viennent prêter main forte deux autres musiciens, un certain Nathan Collins à l’orgue, batterie et piano et Mark Lang aux effets harmonies et bruitages.
‘Ray of youth’ est sans doute donc une des plus belles définitions de ce que doit être un dimanche de printemps, une matinée ensoleillée lorsque tout reverdit et s’illumine, alors que la mélancolie reste toujours sous-jacente, derrière chaque fleur et bourdonnement.
Alors bien entendu c’est le coup de foudre pour le songwriting de Chris Lynch, la fragilité et la sincérité de son chant et de ses quatre compositions, ces arrangements discrets et scintillants qui les habillent. On touche du doigt une certaine forme de perfection. Le cœur bat, les émotions sont pures, l’acuité est profonde, la sensibilité décuplée, les yeux se troublent de larmes autant suscitées par des remous intérieurs que par les lumières vives d’un soleil qui renaît.
A écouter seul, la fenêtre grande ouverte, quelques rayons de soleil frappant le sol près du lit, un peu de vent qui agite les feuilles, un chant d’oiseau et nous, assis sur le lit, à suivre les paroles sur la face intérieure de la pochette.
On débute sur l’estival, mélancolique et solitaire ‘July’: “I went to the tree where we thought we’d grow old,…. I’d always remembered when our lives were much simpler then”. Folk à la rythmique délicatement slowcore où le chant fragile de Chris subjugue et convainc dès le premier souffle.
Puis vient discrètement l’étincelant et intense “Untitled”, une guitare, un piano et le chant, trois fois rien mais une aura vaporeuse comme on n’en croise que rarement, comme sur le premier Owen ou certains morceaux dénudés des Red House Painters ou de The Gloria Record. Sans aucun doute le meilleur morceau du ep, des frissons qui nous parcourent le corps, les jambes lourdes, le souffle coupé, l’envie de se coucher sur le dos dans l’herbe et regarder les nuages blancs croiser dans un ciel bleu.
Les deux derniers morceaux se réceptionnent dès lors comme sur un petit nuage, l’enjoué “These City Streets” et la comptine mélancolique “Goodnight” qui terminent de peindre un visage des plus avenants pour Broken Flight. C’est qu’on investirait vite dans un album promis pour début 2006 ! En espérant que le groupe réussira à conserver toute sa fragilité, mélancolie et limpidité lumineuse après ce sans faute qui nous laisse un petit peu sonné et totalement séduit.
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